6 raisons pour lesquelles je n’irais pas boire un café seul avec une femme

J’écris cet article suite à une discussion sur Facebook où l’un de mes statuts sur les relations homme/femme avait déclenché pas mal de réactions. Je voulais alors prendre le temps d’écrire les raisons qui me poussent à dire que je n’irais pas boire un café seul avec une femme autre que la mienne.

Quelques précisions

C’est avec beaucoup de prudence que j’écris cet article. C’est un sujet délicat pour lequel on peut trouver, parmi les chrétiens, un éventail de positions différentes.

Aussi, cet article et les principes que j’énonce sont le fruit de mon passé, d’années de réflexion, et de ce que je comprends comme être une attitude sage. J’entends qu’on puisse vite basculer dans le laxisme ou, au contraire, dans une espèce de légalisme plus rigoureux que la Bible elle-même. Mais ma position n’est pas une règle, ni un ensemble de règles. Ce sont simplement des principes, que j’applique à moi-même. Je n’entends pas les appliquer à tous et ne jette pas l’anathème sur ceux qui ont un avis différent du mien.

Mais je prie que ces principes puissent guider le plus grand nombre dans le discernement de ce que Dieu attend d’une relation entre un homme et une femme; et que le peuple de Dieu puisse grandir en sagesse et en sainteté.

Enfin, je précise que ces principes sont des principes généraux et qu’on pourrait trouver des situations dans lesquelles un tête-à-tête est presque inévitable (dans le cadre du travail par exemple—même si c’est le premier endroit où commence l’adultère), aussi, je parle ici d’une relation « d’amitié », et parle d’un point de vue d’un chrétien, celui d’un homme marié. Mais je pense que ces principes peuvent s’appliquer à quelqu’un de célibataire, peut-être même davantage.

Voilà donc les 6 raisons pour lesquelles je n’irais pas boire un café seul avec une autre femme que la mienne:

 

1. On ne sait pas ce que les gens pensent

La première raison concerne notre témoignage. En tant que chrétien, notre témoignage compte, parce que notre comportement doit être exemplaire. Ce que nous faisons doit pousser les gens à louer Dieu (Mt 5.16).

Si je vais boire un café avec une femme, ceux qui ne me connaissent pas penseront assez naturellement que nous sommes en couple. C’est une généralité et il y a des exceptions, mais je pense que la majorité des gens penseront cela. Ceux qui me connaissent, et surtout les chrétiens je pense, pourront se demander pourquoi je bois un café seul avec une femme, ou pourquoi ma femme ne m’accompagne pas. Et ils auraient raison.

On ne peut savoir ce que pensent les gens et on doit s’en soucier. L’attitude consistant à ne pas se soucier du regard de l’extérieur oublie la dimension du témoignage dans notre vie chrétienne.

 

2. On ne sait pas ce que l’autre pense

La deuxième raison concerne l’autre personne. On ne sait jamais ce que l’autre pense. Il se peut qu’il n’y ait aucune ambiguïté de sa part, mais l’inverse est aussi vrai. Même si la personne nous assure qu’il n’y a rien de son côté, on ne peut jamais vraiment le savoir. Je connais des situations où l’homme a appris plus tard que la femme était intéressée par lui alors que sur le coup, elle s’en était bien évidemment défendue! L’inverse peut être aussi vrai.

De plus, si deux personnes sont célibataires, il est fort probable qu’au moins l’une d’elle souhaite ne plus l’être. C’est encore une généralité, mais c’est encore souvent vrai. Penser que l’autre partage notre bonne foi (si tant est qu’elle soit là), c’est se leurrer. Nous ne pouvons pas savoir ce que pense et ressent l’autre personne, surtout quand on a accepté de passer du temps seul avec elle.

 

3. Quelles sont mes/ses motivations?

Troisième raison: les motivations. On doit se demander quelles motivations me poussent à aller boire un café seul avec une femme et quelles motivations poussent une femme à vouloir boire un café seul avec moi. Si on est marié, qu’une femme demande un tête à tête est déjà le premier signe qu’il faut refuser et fuir (Ge 39.11-12). Si on est célibataire, on doit se poser la question de nos motivations: pourquoi je voudrais passer du temps seul avec cette femme?

On doit aussi se demander quel est le message que l’on va faire passer. Il y a fort à parier que vouloir aller prendre un café avec une femme soit compris comme un flirt. Dans tous les cas, l’initiative n’est pas anodine.

 

4. Le tête-à-tête crée l’intimité

Comme le dit si bien Henri Blocher: « du tête-à-tête, le corps à corps n’est jamais loin » (dans Clartés sur le mariage). Qu’on le veuille ou non, le tête-à-tête crée l’intimité. Il crée une relation d’exclusivité, au moins pour un certain temps. Personne (à part le monde invisible) n’est témoin de ce qui se dit entre nous.

Souvent, une des raisons qui pousserait certains au tête-à-tête est la dimension de l’intime. On veut se retrouver à deux pour partager des choses dont on ne voudrait pas parler devant d’autres. Et là est le problème: je ne voudrais pas qu’une femme me parle de choses qu’elle ne voudrait pas dire devant ma femme ou devant son mari. Ce qui relève de l’intime ne m’intéresse pas.

 

5. Je veux me protéger, protéger ma femme et protéger mon Église

De la même manière que l’on ne sait pas ce que l’autre pense, on ne sait pas ce que dira l’autre. Je veux me protéger de toute calomnie et autre mensonge qui pourrait salir ma réputation. Bien sûr, ce serait plus l’exception que la règle. Mais les cas de scandales (avérés ou non) devraient nous pousser à la prudence. On pêche moins par excès de prudence que par excès de confiance. Surtout dans ces domaines. Combien de serviteurs de Dieu ont eu la réputation salie par de fausses accusations? Je veux éviter tout scandale à ma femme et à mon Église.

On aurait tort de penser que ma position de responsable d’Église diffère en beaucoup de celles des autres: tout le monde est concerné. Si un homme voit sa réputation entachée, c’est toute l’Église qui est impliquée.

 

6. Je reconnais que je suis faible

Le problème n’est pas toujours l’autre. Je ne suis pas plus fort que David (2 Sa 11.2-4). La Bible nous dit que c’est généralement quand on est debout que l’on tombe (1 Co 10.12). Je prends très au sérieux les avertissements de Jésus (Mt 5.27-28). L’infidélité commence toujours par un café. Ce qui était au début anodin peut se transformer en irréparable.

[Tweet « L’infidélité commence toujours par un café »]

La tentation est une réalité de la vie du chrétien. Celui qui ne se sent pas concerné se ment. Je ne dis pas qu’un café sera forcément une occasion de chute, mais je ne préfère pas mettre le doigt dans ce qui pourrait se transformer en un engrenage qui pourrait m’arracher le bras.

Quand tout va bien avec ma femme, il y a peu de chances pour que je sois tenté outre mesure. Mais le problème se pose lorsque ma situation conjugale, ou celle de la femme avec qui je bois un café, n’est pas telle qu’elle devrait être. La conversation peut vite se transformer et devenir un endroit où l’on partage à l’autre nos difficultés. Et difficultés + intimité = terrain glissant.

Parfois, la chose la plus courageuse à faire, c’est de fuir (1 Co 6.18).

 

Conclusion

J’ai déjà entendu les arguments selon lesquels si je tenais ce genre de discours, c’est que (1) soit je devais avoir des problèmes de pulsions sexuelles qui m’empêcheraient d’avoir une relation saine avec une femme, (2) soit ma femme ou moi-même manquions de confiance ou encore (3) que je projette des idées sur les autres. Mais l’expérience et la sagesse m’ont montré que bien souvent, mes principes étaient fondés. J’espère que ces six raisons montreront que ma décision est réfléchie et n’est pas seulement une réaction légaliste ou épidermique. Je crois qu’elle est sage.

Quelqu’un m’a rétorqué que « la vie, c’est pas une comédie romantique ». Non, mais les comédies romantiques s’inspirent de la vie. Le flirt et l’adultère ne sont pas l’apanage des films. Si les films et les séries qui traitent de l’adultère marchent, c’est parce qu’ils reflètent, en plus d’alimenter les passions tordues de l’homme, son cœur pécheur. En France, plus d’un homme sur deux (55%) et une femme sur trois (32%) avouent avoir déjà été infidèles (sondage IPSOS).

Certains pourraient avancer que je me prive de belles conversations en respectant ces principes. Mais en réalité, je ne m’en prive pas, je les réserve à ma femme.

Matthieu Giralt

Matthieu Giralt est le directeur de ToutPourSaGloire.com. Il est pasteur et enseigne à l'Institut Biblique de Genève. Diplômé de l'École des Beaux-Arts de Bordeaux, il finit actuellement un Master à la Faculté Jean Calvin. Parmi ses sujets favoris sont la culture, l'art, l'eschatologie et la communication de l'Évangile. Il le mari d'Alexandra et le père de Léon.

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