Ce qu’un moine du 4ème siècle peut nous apprendre pour notre usage des réseaux sociaux

Basile de Césarée (329-379), également appelé Basile le Grand est un des « Pères cappadociens » de l’Église. Il a, parmi tant d’autres choses remarquables, rédigé la « règle de saint Basile », qui fut d’une importance certaine pour le monachisme oriental. Divisée en deux parties, les « grandes règles » (ou majeures) et les « petites règles » (ou mineures), elle est composée comme un catéchisme, sous forme de questions-réponses.

Même si ces règles ont été conçues pour la vie monastique du IVème siècle, nous voulons dégager plusieurs règles pour notre usage de la parole sur les réseaux sociaux.

1.  Se laisser conduire par l’Esprit de Dieu

C’est ainsi que commencent les « petites règles ». Basile reconnait que « l’homme a besoin d’être conduit avec bonté par l’Esprit-Saint pour se diriger sur le chemin de la vérité, qu’il s’agisse de pensées, de paroles ou d’actes. » (1). Toute notre vie doit être conduite par l’Esprit de Dieu pour que le chrétien puisse « renoncer à ses volontés propres et imiter le Christ » (1).

Il en est de même pour notre usage des réseaux sociaux, qui doit être instruit par la Parole de Dieu et refléter le fruit que l’Esprit de Dieu produit en nous. Nous voulons que toute notre vie soit à la gloire de Dieu, mais nous oublions parfois qu’il nous faut être conduits par son Esprit. Hélas, il y a parfois, pour ne pas dire souvent, un décalage entre ce que nous voulons transmettre et notre manière de nous comporter sur les réseaux sociaux. À côté de cette première règle, fondamentale, quelques autres principes pratiques peuvent nous guider.

2. Veiller à ce que nous écoutons/lisons

Quand on pense à la question de l’usage de notre parole, nous oublions souvent le lien qu’il existe entre la parole et l’écoute. Je vois deux raisons principales pour lesquelles il est important et nécessaire de veiller à ce que nous écoutons. D’abord, ce que nous écoutons, ou lisons, nous nourrit et nous transforme. Ce que nous consommons sur les réseaux sociaux change notre manière de voir le monde et a des conséquences sur notre cœur. Nous devenons ce que nous contemplons. Aussi, ce que nous lisons va déterminer en grande partie les conversations dans lesquelles nous allons nous engager. La parole, sur les réseaux sociaux, est avant tout dialogue. Mais le dialogue se construit à plusieurs et parfois nous nous retrouvons prisonnier de la teneur et du ton des conversations dans lesquelles nous nous engageons.

Ces considérations sont présentes quand Basile parle de « s’éloigner des pécheurs », en expliquant que « ceux qui ont vécu dans le péché doivent encore être plus vigilants sur ce point, car l’habitude acquise rend ordinairement plus enclin au mal. » (20) Même si l’on peut se demander qui n’a pas « vécu dans le péché », Basile nous rend attentif sur nos fréquentations (1 Co 15.33) ; ce qui reste valide en ligne. Ne pas être attentif à cela, c’est sous-estimer l’influence que ceux que nous suivons ont sur nous et sur notre manière de nous impliquer sur les réseaux sociaux.

3. Veiller à ce que nous disons

La liberté fait que nous pouvons parler de tout, la sagesse fera que nous ne parlerons pas de tout. Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout n’édifie pas (1 Co 10.23). Pour ce qui est du choix des sujets, Basile donne deux indications : Pour ce qui est ordonné ou défendu, obéir au Seigneur. Pour « ce qui ne s’y trouve pas expressément déterminé », il faut suivre la règle de Paul, à savoir rechercher ce qui édifie l’autre (1). Il va même plus loin, en considérant l’extrême importance de veiller à ce que nous disons car « les hommes rendront compte, au jour du jugement, de toute parole oiseuse qu’ils auront prononcée (Mt 12,36). Il ne faut donc rien regarder comme n’ayant pas d’importance. » (4) L’avertissement est grave, mais la leçon est là : la bouche exprime le fond du cœur (Mt 12.34-35).

Pour Basile, nos paroles doivent se rapporter « à un sujet traité dans le Seigneur » (23). Sinon, une telle parole, même bonne, « si elle n’est pas orientée à la consolidation de la foi » attriste l’Esprit de Dieu (23). L’interprétation est difficile, d’autant plus que le verset qu’il cite (Ep 4.29) s’inscrit contre les paroles mauvaises. Si par « sujet traité dans le Seigneur » Basile entend un sujet religieux, le discours nous semble trop restrictif pour être biblique. D’autant plus que, dans l’absolu, aucun de nos discours n’échappe à notre vision biblique du monde. Mais Basile a raison de nous mettre en garde, par nos paroles, nous pouvons attrister le Saint-Esprit (Ep 4.30).

Aussi, il nous faut veiller à ce que nous partageons. Un retweet pas exemple, peut « entraîner d’autres dans les mêmes errements » (7). À l’heure de la désinformation et des fake news, le chrétien doit veiller à ne pas relayer d’informations fausses (58).

4. Veiller à la manière dont nous le disons

Après le fond, la forme. Les réseaux sociaux sont connus pour être le théâtre d’échanges parfois peu amicaux. À l’époque de Basile, la communauté semblait déjà avoir son lot de dialogues musclés. Sachant qu’un petit feu peut embraser une grande forêt (Ja 3.5), Basile consacre plusieurs règles aux questions liées de manière spécifique à l’usage de la langue. Il avertit : « Toute parole dite avec l’intention de nuire à l’honneur de quelqu’un est une insulte, même si celle parole ne semble pas injurieuse en soi. » (24). Aussi, il met en garde contre la médisance : « quiconque parle mal d’un autre pour l’accuser ou le dénigrer, est un médisant, même s’il dit la vérité » (25). La question est tellement sérieuse que Basile prévoit l’excommunication pour celui qui médit (26). La sentence est dure. Mais entre l’excommunication et la légèreté avec laquelle nous parlons parfois, il y a toute la place pour un discours plus sage et plus apaisé (29).

5. Veiller à nos motivations

Enfin, il nous faut veiller à nos motivations. Un ton doux et des paroles vraies peuvent cacher un cœur malade. Basile attire notre attention sur le désir de reconnaissance. À une époque où le succès se mesure à la popularité et au nombre d’abonnés, on peut faire preuve « [d’]empressement envers ceux dont [on] reçoit des louanges et [de] mauvaise volonté à l’égard de ceux par qui [on] est critiqué. » (33). Cette volonté de plaire aux hommes peut nous amener à taire certaines choses ou adopter certains comportements. Mais, « si on veut, en effet, plaire à Dieu, on sera partout et toujours le même. » (33)

Avec le désir de reconnaissance vient la vanité et l’orgueil. « Le vaniteux est celui qui, dans ses actes et dans ses paroles recherche de la part de ceux qui le regardent ou l’écoutent, la simple gloire mondaine » (52) et « l’orgueilleux est celui qui s’élève, se glorifie de ses bonnes œuvres, s’exalte lui-même » (56). La solution ? Rechercher l’humilité qui nous fera regarder les autres comme supérieurs à nous (1) et qui nous aidera à parler pour l’édification de l’autre avec des paroles « qui soient bienfaisants pour ceux qui écoutent » (23).

Conclusion

Le décalage de l’époque et du contexte nous donne un certain recul quant à ces règles monastiques. Pour autant, une lecture attentive nous montre que le cœur humain n’a pas changé depuis, et que les enjeux liés à la parole demeurent encore aujourd’hui. Nous voudrions que certains de ces principes, pourtant élémentaires, soient appliqués avec plus de rigueur pour que la parole chrétienne sur les réseaux sociaux portent la saveur de Christ.

 

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Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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