Un chrétien peut-il utiliser la satire et l’ironie?

Avec des amis, on parle parfois de notre usage de l’ironie et de la satire pour dénoncer les faux enseignements; comme le font Reformed Memes Daily ou le très bon Babylon Bee, souvent de manière mordante.

Récemment, un épisode du podcast de John Piper a attiré mon attention. Je vous propose de le résumer dans cet article.

Définition

Piper commence avec la définition de la satire: « Écrit dans lequel l’auteur fait ouvertement la critique d’une époque, d’une politique, d’une morale ou attaque certains personnages en s’en moquant. » Dans la définition de Piper, la satire utilise l’ironie, qu’il définit aussi: « Figure de rhétorique par laquelle on dit le contraire de ce qu’on veut faire comprendre. » (Notons que le CNRTL précise que « les Jésuites ont reproché à Pascal de recourir, dans ses Provinciales, à l’ironie, ce qui, selon eux, est un manque de charité »; le problème n’est donc pas nouveau.)

Qu’en dit la Bible?

Pour décider de son usage, Piper se demande si la Bible l’utilise en premier lieu; et s’il elle commande son usage pour le chrétien. Si c’est le cas, quand l’utiliser, et avec quelles limites? Et Piper de souligner que Job, les prophètes et Jésus ont tous utilisé l’ironie pour montre la folie de ceux à qui ils s’adressaient. Et il donne quelques exemples:

On dirait, en vérité, que le genre humain c’est vous, Et qu’avec vous doit mourir la sagesse. (Job 12.2)

Il cite également Es 44.14-17 où Dieu se moque de ceux qui font du même arbre du bois de chauffe avec la moitié et une idole avec l’autre moitié. Il cite également Élie et Jésus:

A midi, Élie se moqua d’eux et dit : Criez à haute voix, puisqu’il est dieu, il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage; peut-être qu’il dort et qu’il se réveillera. (1 R 18.27)

Les scribes (du parti) des Pharisiens, le voyant manger avec les péagers et les pécheurs, dirent à ses disciples: Pourquoi mange-t-il avec les péagers et les pécheurs? (Mc 2.16-17)

Paul également utilise l’ironie avec les Corinthiens:

Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes riches, sans nous vous avez commencé à régner! Et puissiez-vous régner en effet, afin que nous aussi nous régnions avec vous! (1 Co 4.8)

Dans tous ces cas, remarque Piper, l’ironie s’adresse à des personnes qui se sont endurcis dans le péché et refusent de se repentir. Piper en conclut que la satire et l’ironie ne devrait pas être le premier moyen de corriger et de reprendre ceux qui s’égarent. Nous devrions être très prudents avant de dégainer la satire pour reprendre les erreurs de quelqu’un.

Et pour nous?

Une des difficultés avec la satire, admet Piper, c’est qu’il est difficile de l’utiliser sans paraitre arrogant. Il cite James Denney qui dit qu’il est difficile de montrer que Christ est magnifique et que l’on est intelligent en même temps. Certains sont prompts à vouloir être mordants et la satire avive bien trop facilement notre nature pécheresse. Piper doit se rappeler souvent ces passages:

Or il ne faut pas que le serviteur du Seigneur ait des querelles. Il doit au contraire être affable envers tous, avoir le don d’enseigner et de supporter; il doit redresser avec douceur les contradicteurs. (2 Tm 2.24–26)

La sagesse d’en-haut est d’abord pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par les artisans de paix. (Jc 3.17–18)

Enfin, ayez tous la même pensée, les mêmes sentiments. Soyez (remplis) d’amour fraternel, de compassion, d’humilité. (1 P 3.8–9)

Pour conclure

John Piper conclut que dans ce monde mauvais et plein de folie, il y aura toujours de la place pour l’ironie et la satire, pour exposer le mal et la folie. Néanmoins, il souligne le fait que leur usage devrait être limité, parce qu’elles ne portent pas le genre de fruits de vies transformées. Dieu accorde la repentance (2 Tim 2.25) plus souvent en rapport avec un cœur contrit qu’avec des accusations habiles.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Pasteur dans une Église à Étupes. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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  • Samuel Gibeault

    Bon sujet! Merci! 🙂