Echoes of Eden

J’aime bien Tim Keller. Alors quand j’ai vu qu’en parlant d’Echoes of Eden, il disait que c’était le livre « le plus accessible, lisible et solide théologiquement sur le christianisme et les arts », j’ai voulu le lire. Et je n’ai pas été déçu.

De quoi parle le livre?

Comme l’indique le sous-titre, le livre présente une réflexion biblique sur les arts, en particulier sur la littérature. Le livre est découpé en deux parties: les 5 premiers chapitres apportent une réflexion théologique sur les arts et la vocation d’artiste et les 5 derniers chapitres sont des études de cas, tous tirés de la littérature.

Le livre est relativement court (200 pages) et ne développe pas en profondeur tous les sujets qu’il aborde et fait souvent des raccourcis, prenant des concepts comme le mandat culturel pour acquis. Mais c’est ce qui fait aussi sa force, on rentre direct dans le sujet. Le livre est bien découpé et structuré comme une pyramide: l’auteur pose les bases avant de développer des points plus spécifiques.

La thèse du livre

Le livre développe plus clairement la thèse de l’auteur, ce qu’il appelle les « Échos d’Eden ». Il définit ce concept comme:

Sur toute la surface de la terre, dans chaque peuple on retrouve cette idée d’une création originelle qui est bonne, il y a une conscience que le monde dans lequel nous vivons est déréglé et déchu, et il y a l’espoir d’une promesse et d’un espoir de la restoration de ce qui est bon. Cette connaissance de la vérité existe parfois d’une manière forte, parfois plus faible, mais elle est toujours présente. […]
Tout autour du monde, on retrouve le sentiment que notre vie présente dans ce monde a comme perdu notre chemin et s’est détourné de notre lieu de départ, un endroit bien plus beau et meilleur que l’endroit où nous vivons maintenant.
Tout autour du monde on sait que notre condition présente est celle d’une aliénation et de rébellion, que nous ne sommes pas ce que nous devrions être et qu’il y a de la déchéance et de la tragédie dans toute vie humaine.
Tout autour du monde, on aspire à ce que cette déchéance soit rectifiée, et on retrouve l’espoir d’un sauveur. Ces quelques élément de l’histoire bibliques sont présents dans presque toutes les histoires des nations. Certaines contiennent des éléments vraiment particuliers du récit biblique des origines, comme l’existence presque universelle de récits du déluge.

C’est là le cœur du livre. L’auteur développe l’idée qu’est présent, dans toute œuvre artistique, des éléments qui font écho à l’histoire biblique. Soit en dépeignant un paradis perdu, soit en déplorant le mal, soit en insistant sur notre besoin de justice et de salut.

Pourquoi j’ai aimé ce livre

J’ai aimé le livre pour plusieurs raisons:

D’abord, l’auteur aborde la question de la vocation de l’artiste en rapport avec le service, ce qui replace la vocation d’artiste dans le cadre plus général de l’identité de disciple. À cela deux conséquences bénéfiques: 1) il démythifie la vocation d’artiste pour ceux qui auraient une vision romantique auréolée de l’artiste et 2) il replace la vocation d’artiste à l’intérieur de l’Église. Tout en insistant sur l’humilité de l’artiste, il appuie sur la responsabilité de l’Église de reconnaitre les artistes.

Ensuite, il n’est pas question ici de grands systèmes de catégorisation ou de grille de lecture de l’art ou de la culture. L’auteur n’entreprend pas de synthétiser une approche systématique qui permettrait de classer ou d’évaluer lest arts. Plutôt, il donne —surtout avec sa thèse— des clés pour discerner ce qui fait écho à la vérité dans chaque production artistique. L’intérêt est aussi d’encourager une approche plus subtile d’un art produit par des chrétiens, qui, hélas, pourrait vite tomber dans la caricature (voir ma recension du film God’s Not Dead).

Enfin, les 5 derniers chapitres, c’est à dire la moitié du livre est consacré à des études de cas: C. S. Lewis avec Narnia, Tolkien avec Le Seigneur des anneaux, Harry Potter, Shakespeare et Jane Austen avec Orgueils et préjugés. La lecture de ces chapitres a été pour moi un plaisir: en plus de voir la manière dont l’auteur dégageait ces « Échos d’Eden », il mettait en relief la manière dont les auteurs envisageaient leur travail d’Écriture, en rapport avec leur foi (surtout pour Lewis et Tolkien).

C’est donc l’occasion d’avoir un regard sur le processus créatif de « géants » littéraires et d’avancer avec l’auteur dans l’analyse de grands succès. Je retiens l’excellent chapitre sur la vision du monde chrétienne dans l’œuvre de Shakespeare, qui transmet la profondeur et le talent de l’écrivain anglais.

Qui devrait le lire?

Déjà, ceux qui lisent l’anglais. Ensuite, le livre pourra intéresser aussi bien les artistes que les amoureux de littérature. Mais le style et l’approche général ne le réserve pas aux spécialistes, ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la question des visions du monde, de la culture et des arts y trouveront surement matière à réfléchir.

Dans tous les cas, de cette lecture sortira une vision plus grande de la beauté de Dieu à travers l’art et une envie d’arriver à discerner toujours plus les éléments qui nous entourent chaque jour et qui font écho à notre vision du monde biblique.

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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  • Humm… c’est bien attesté qu’il y a des échos d’Éden (et du Déluge) dans les cosmogonies d’à peu près toutes les cultures pré-modernes. Cependant je peine à voir de tels échos « dans toute œuvre artistique », surtout dans les œuvres d’art contemporain. J’ai peut-être mal compris…?

    Par ailleurs, je connais une autre discipline où la notion d’échos d’Éden est aussi présente : l’histoire du droit. Dans son ouvrage « Historical and Theological Foundations of Law » (Tolle Lege Press, 2011), le juriste luthérien John Eisdmoe analyse les systèmes juridiques d’une grande variété de civilisations pré-chrétiennes. Il conclut que tous ces systèmes contiennent certains éléments légaux communs (et conformes au système juridique des anciens Hébreux). Selon lui, cela s’explique par l’origine commune de l’humanité. Il qualifie donc ces éléments légaux d’« échos d’Éden ».

    • Hello Tribonien! Oui je pense que tu as mal compris (peut-être je me trompe). Ce que l’auteur entend par Echo d’Eden, c’est un souvenir de quelque chose d’originel qui est bon, la conscience que le monde n’est pas tel qu’il devrait être et l’espérance d’une délivrance. Tu avais compris ça? Avec ces éléments, tu vois comment toute production artistique peut faire écho à l’un de ces éléments?

      • Merci pour cette explication supplémentaire. Donc toute oeuvre artistique *peut* être un écho d’Éden. J’ai toujours du mal à comprendre coment exactement. Mais je dois admettre que je ne suis pas du tout un artiste.

        Par exemple, il est évident pour moi que les paroles du psautier huguenot sont un écho d’Éden, parce qu’il véhicule clairement les notions théologiques à cet effet. Toutefois, si on prend uniquement la musique du même psautier huguenot — musique très belle au demeurant — je ne vois pas comment c’est un écho d’Éden. C’est juste des sons. Des sons agréables à l’oreille, vrai, mais juste des sons quand même. Qu’en pensez-vous ?