Est-ce que l’Église remplace Israël?

Quelle est la relation entre l'Église du Nouveau Testament et le peuple d'Israël dans l'Ancien? Est-ce que l'Église remplace Israël? Certains le pensent. Mais est-ce un trait commun à tous les réformés, comme certains l'affirment?

Au fond, comment comprendre la relation entre le peuple de Dieu dans l'Ancienne alliance et dans la Nouvelle? Est-ce que la théologie réformée affirme que l'Église vient remplacer Israël?

Dans son livre sur les alliances, Pascal Denault aborde la question:

Les dispensationalistes accusent les réformés de faire une théologie de remplacement en donnant à l’Église la place d’Israël, alors que ce dernier devait être permanent. En fait, historiquement, les réformés n’enseignaient pas que l’Église remplaça Israël, mais que les païens joignirent Israël dans l’alliance de grâce au moment où la Nouvelle Alliance remplaça l’Ancienne Alliance. Ainsi, les promesses d’alliance perpétuelle entre Israël et Dieu furent non seulement maintenues, mais elles furent accomplies et élargies aux païens. Il ne s’agit donc pas d’un peuple qui remplace un autre peuple, mais d’une alliance qui remplace une autre alliance lorsque les promesses révélées par l’alliance de grâce depuis Genèse 3.15 se sont accomplies, que l’Ancienne Alliance a pris fin et qu’un peuple nombreux composé de Juifs et de non Juifs entra dans la Nouvelle Alliance.
 
Il faut refuser l’opposition entre Israël et l’Église et souligner plutôt la dualité entre la portée de l’alliance de grâce dans l’Ancien Testament (Israël) et la portée de l’alliance de grâce dans le Nouveau Testament (toutes les nations). Les païens ne remplacent pas Israël, mais sont ajoutés comme héritiers des promesses faites à Israël. L’opposition qu’on retrouve dans le Nouveau Testament se situe entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance et non entre Israël et l’Église qui est plutôt une opposition artificielle issue du dispensationalisme.
 
Nous pensons que les presbytériens ont plus de mal à démontrer que le dispensationalisme emploie erronément la discontinuité ou l’opposition entre les testaments puisque leur propre théologie estompe simplement cette discontinuité et cette opposition, niant ainsi, au moins aux yeux des dispensationalistes, les affirmations bibliques de cette discontinuité (Rm 6.14 ; 2 Co 3 ; Jn 1.17 ; Hé 10.9). L’approche baptiste, quant à elle, permet d’affirmer vigoureusement la continuité de l’alliance de grâce et par conséquent la continuité d’une seule Église dans les deux testaments, tout en affirmant, de concert avec la Bible et les dispensationalistes, une discontinuité entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
 
Les dispensationalistes, de leur côté, accentuent la discontinuité entre les testaments jusqu’à séparer Israël et l’Église tout en donnant un statut de peuple de Dieu à Israël, en dehors de la Nouvelle Alliance alors que l’Ancienne Alliance (l’alliance d’Israël) est abolie. Ils se retrouvent alors dans une impasse théologique: d’une part, ils affirment la cessation du système de l’Ancien Testament sous l’ère de l’Église, d’autre part ils doivent maintenir la validité permanente de ce système pour justifier la continuité de l’existence d’Israël comme peuple de Dieu. Cette contradiction est l’ambigüité principale du dispensationalisme: la fin de l’Ancien Testament en même temps que son maintien. Leur solution consiste à séparer Israël de l’Église et de mettre temporairement le premier de côté durant le temps de l’Église tout en lui conservant son statut initial.
 
Cela nous semble une construction artificielle qui ne tient pas compte de l’abolition définitive de l’Ancienne Alliance sans pour autant que les promesses faites à Israël aient été abolies. Celles-ci se sont accomplies, à la méconnaissance de la majeure partie du peuple juif, en Jésus-Christ dans la Nouvelle Alliance et, bien qu’elles concernent Israël premièrement, elles ne le concernent pas exclusivement, mais s’étendent à toutes les nations. Seule la compréhension baptiste nous semble apporter une solution qui tient compte à la fois de la continuité et de la discontinuité bibliques.

 

– Pascal Denault, Une alliance plus excellente, NBP pp. 92-93

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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