Et si on avait tout faux? Comment faire des choix de vie centrés sur l’Évangile.

En lisant le livre de Tim Chester La responsabilité du chrétien face à la pauvreté, je suis tombé sur ce passage qui fait écho à ce que nous pouvons parfois répéter dans notre Église: nos choix de vie révèlent nos priorités et nos priorités devraient orienter nos choix de vie.

Dans cet extrait, qui parfois pique tellement, il touche un point sensible, Tim Chester nous montre qu'un mode de vie centré sur l'Évangile est possible. Mais cela implique que nous fassions des choix de vie éclairés, qui témoignent de ce à quoi Dieu nous appelle. Voilà ce qu'il dit.

Tom Sine parle de mener une vie de disciple à trois niveaux. Les évangéliques se sont montrés bons à deux niveaux: la transformation spirituelle (il s’agit d’éléments comme la lecture de la Bible et la prière) et la transformation morale (qui concerne par exemple la pureté sexuelle et l’intégrité morale). Mais nous avons négligé un troisième niveau: celui de la transformation culturelle, qui consiste à remplacer les valeurs du monde par des valeurs bibliques. Laissez-moi vous donner une illustration. Si quelqu’un à l’Église vous disait qu’il a eu une liaison, vous en seriez horrifié, et à juste titre. Mais si un autre vous dit qu’il cherche un emploi mieux rémunéré, vous pourriez probablement lui recommander de le faire, quand bien même il n’aurait vraiment aucun besoin d’un salaire plus élevé. Pourtant, à côté de son appel à faire mourir l’immoralité sexuelle, Paul dit que nous devons également faire mourir « l’avidité, qui est idolâtrie » (Colossiens 3.5). Don Carson écrit:

Il y a des chrétiens qui épousent la foi historique de façon formelle, mais leur coeur bat pour posséder toujours plus des biens de ce monde, ils ne rêvent pas du ciel et de la gloire de Dieu, mais de succès, d’indépendance financière, d’une maison plus grande, d’une voiture plus neuve.

Beaucoup de chrétiens orientent leurs choix en fonction du style de vie qu’ils désirent adopter. Cela commence par un travail qui leur permettra de soutenir ce désir, puis ils trouvent une maison dans les parages, avant de choisir en dernier lieu une église locale. En fait, le premier élément, c’est-à-dire le style de vie, est souvent un choix complètement inconscient. Ou plutôt, notre conception du bon schéma existentiel est façonné par les valeurs du monde qui nous entoure. Ainsi nous aspirons à un mode de vie qui ressemble en général a celui de Monsieur-tout-le-monde. Nous vivons dans le même genre d’endroits, aimons le même genre de vacances, conduisons le même style de voiture, etc. Même si nous ne pouvons pas nous le payer, c’est à cela que nous aspirons. Nous nous inquiétons des jeunes dans nos Églises, corrompus par les valeurs de ce monde, mais Jim Wallis souligne que la difficulté ne vient pas du fait qu’ils ignorent nos valeurs. Le véritable problème au contraire, c’est qu’ils les ont apprises! « Ils voient aux platitudes de notre vie sociale et religieuse ce a quoi nous tenons vraiment. Notre important message culturel retentit fort et clair: c’est un style de vie aisé qui compte avec le succès et le bonheur. »

Ainsi, pour vivre ce style de vie auquel nous aspirons, nous cherchons un emploi qui paie assez bien pour pouvoir le financer. Nous présumons que nous devons l’atteindre par nos carrières professionnelles et en faisons même une vertu. Une fois le travail trouvé, nous cherchons une maison à côté, puis nous cherchons une église et nous nous portons volontaires pour assurer une tâche d’un service chrétien pendant nos loisirs. Il se peut que nous appelions cela service à temps perdu. Mon engagement pour l’Église et le service chrétien correspond au temps que j’ai à perdre, et mes dons se résument à ce qu’il me reste financièrement.

ll existe un autre modèle qui remet en question ce schéma à deux niveaux. Premièrement, nous devons décider de nos styles de vie. Au lieu d’adopter sans réfléchir les valeurs du rêve occidental, nous devons bâtir nos existences sur une vision biblique de la vraie vie. Deuxièmement, nous devons décider plus consciemment de ce que seront notre vie et notre ministère terre. Si nous adoptons cet autre modèle notre première décision dans la vie n’aura pas trait à notre schéma existentiel et notre travail, mais à notre Église et notre ministère. Nous nous engagerons à chercher d’abord le royaume de Dieu. Nous nous verrons d’abord et avant tout comme des serviteurs de l’Évangile et des membres de nos communautés chrétiennes. Nous considérerons les talents et les passions que Dieu nous a donnés. Nous attacherons de l’importance aux besoin de notre Église et de nos communautés locales. Nous déciderons d’abord de ce que sera notre ministère. Ce pourrait être de partager l’Évangile à des gens du troisième âge, nous occuper des sans-abri, faire découvrir les valeurs chrétiennes au monde des affaires, ou encore avoir un ministère pastoral au sein de l’Église. Ce pourrait être mille choses différentes. Puis nous chercherons une maison a proximité de notre ministère et de notre Église. Cela pourrait nous conduire à déménager pour répondre aux besoins d’un quartier et d’une communauté chrétienne en particulier. C’est alors seulement que nous prendrons une décision concernant un travail et ce choix sera conditionné par ce qui nous rend capables d’accomplir notre ministère.

Certains peuvent poursuivre un ministère au travers de leur carrière professionnelle, mais ils le feront de façon consciente, la considérant comme un moyen et non une fin en soi. Le rêve occidental ne sera plus prioritaire, mais servir Dieu et s’occuper d’abord de son royaume importeront davantage. Au lieu d’un ministère bâti sur ce que nos vies nous laissent, nous aurons des existences entièrement consacrées à suivre le Christ, sans avoir à connaître la dictature d’un style de vie à entretenir. Nous serons satisfaits de n’importe quel niveau social, pourvu qu’il nous permette de servir Dieu et de chercher premièrement son royaume.

Ce modèle n’est pas irréaliste. J’ai rencontré beaucoup de gens qui vivent ainsi. Tandis que la plupart d’entre nous essayons de servir Dieu superficiellement, eux cherchent abord son royaume. Je connais un couple dont le mari est juge et la femme passe sa vie à coordonner des contacts missionnaires, de sorte que leur beau foyer est souvent rempli de jeunes gens. J’ai entendu parler un jour d’un homme qui gagnait environ 202 500 euros par an. Sa famille et lui vivent avec 57 900 euros, et il fait don des 144 600 euros restants. Un groupe de jeunes gens se sont engagés à ne travailler que vingt-cinq heures par semaine pour gagner leur vie, afin de dégager assez de temps pour travailler auprès d’enfants en difficulté, et cela, malgré une baisse substantielle de leur niveau de vie. Certains d’entre nous peuvent avoir à prendre des décisions et à revenir sur celles prises par le passé.

Au lieu de vivre au milieu de mille dilemmes pour savoir comment utiliser notre argent, nous devrions plutôt faire un choix fondamental: vivre pour Dieu ou pour l’argent? C’est parce que nous hésitons à prendre cette décision que nous nous retrouvons face à cette question tous les jours. « Personne ne peut être esclave de deux maîtres; en effet, ou bien on détestera l’un et on aimera l’autre, ou bien on s’attachera à l’un et on méprisera l’autre. Vous ne pouvez être esclaves de Dieu et de Mamon. » (Matthieu 6.24).

Extrait de Tim Chester, La responsabilité du chrétien face à la pauvreté, pp. 143-146

Que Dieu nous aide à remettre en question nos choix de vie. Qu’il révèle ce qui ne l’honore pas dans nos vies et qu’il nous aide à remettre nos priorités en ordre, pour que nos vies sentent le bon parfum de Christ.

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

Articles pouvant vous intéresser

>