Je suis allé voir le film « Noé »

Je suis allé voir le film « Noé ». J’avais entendu et lu pas mal de choses, mais je préférais voir par moi-même ce film qui semble tant diviser l’opinion. Voilà mes impressions.

Pourquoi aller voir le film ?

La bonne question serait plutôt : «Pourquoi ne pas aller le voir?». Une adaptation d’un récit biblique, un bon casting, des effets spéciaux faits par les meilleurs, un trailer prometteur sont autant de raisons qui m’ont donné envie d’aller le voir. Mais la raison principale est autre. Je savais que beaucoup iraient le voir et que ce serait l’occasion de parler du film, donc de la Bible, donc de Dieu. 

Devrait-on aller voir tout et n’importe quoi au cinéma sous prétexte qu’on peut ensuite en parler avec les gens ? Non, loin de là. Abstenons-nous de ce qui est dégradant, vulgaire et qui nous salit. Mais là, on parle de Noé. Quand bien même l’auteur s’éloignerait un peu – ou plus – de l’histoire originale, je savais – en gros – à quoi m’attendre.

Ce qui m’a dérangé dans le film

À l’inverse de certains, je ne suis pas allé voir le film en m’attendant à ce qu’il soit fidèle à la virgule au texte biblique. Après tout, il s’agit d’une adaptation. Si le producteur ne veut pas faire une adaptation littérale, les différences entre le matériau de base et l’adaptation vont choquer, comme pour l’adaptation d’un roman ou d’un comic. En ce qui concerne la Bible, les attentes sont encore plus grandes, et c’est légitime. Mais je sais que le réalisateur n’est pas chrétien et donc qu’il prendrait des libertés. En connaissant le texte, je savais qu’il aurait à remplir des vides, ce qu’il a fait en empruntant des matériaux extra-bibliques.

Ce qui m’a dérangé le plus est ce qui se voit peut-être le moins. Ce ne sont pas les éléments les plus gros – par exemple les veilleurs – qui apparaissent facilement comme étrangers au texte original ou d’autres écarts dans le récit. Jouer au «jeu des 77 erreurs» est facile ici. 

Ce qui m’a dérangé c’est plutôt la théologie du film. Il y a de la théologie dans chaque film (si si), mais particulièrement dans une adaptation d’un récit biblique. Le spectateur s’attend donc à ce qu’on lui parle de Dieu. Dans le cas de Noé, la théologie est dans l’histoire.

Deux questions sont utiles pour analyser ce film – et d’autres: 1) que dit le film sur Dieu ? et 2) que dit le film sur l’homme ? 

À la lumière de la Bible, tous les personnages du film ont une théologie bancale. 

Noé a une mauvaise vision de la nature par exemple. Même s’il exprime sa révérence au Créateur par le soin qu’il accorde à la terre et au mandat qui a été confié à l’homme, il a une vision plus proche de l’écologie que de la Bible. Il élève la nature au-dessus des hommes et a une vision utilitaire de la Création. Par exemple, les fleurs n’ont été créées que pour être utiles dans l’écosystème. Exit – presque – la beauté de la Création. Sa vision amoindrie de l’humanité créée en l’image de Dieu lui fait oublier que Dieu a couronné l’homme de gloire et l’a fait de peu inférieur à Dieu, dominant le reste de la Création. Sa vision de la colère divine lui fait perdre de vue que si Dieu les a épargné dans sa grâce, c’est pour qu’ils vivent et non qu’ils meurent.

Alors que Noé rabaisse l’humanité au-dessous des animaux, Tubal-Caïn élève l’homme au-dessus de Dieu. Paradoxalement, il justifie la place de l’homme par le mandat culturel. Il se sert de la Création pour justifier sa vision de la place l’homme dans le monde mais oublie son statut de créature. Mais finalement, cette vision rejoint ce que la Bible dit au sujet de l’homme déchu (cf. Romains 1.18-32).

Ce que j’ai aimé dans le film

La force du cinéma, c’est de mettre en image. En voyant le film, je me suis dit encore une fois qu’il fallait que je fasse l’effort, quand je lis ma Bible, de m’approprier le texte. L’adaptation est un exercice d’interprétation. Il force à lire le texte, parfois en creux. Qui a déjà pensé aux cris des hommes quand l’eau les submergea ? 

Je trouve que le film parle assez justement du péché de l’homme. À un moment donné, Noé parle du péché qui est à l’intérieur de chacun. Le péché de l’homme est assez clairement dépeint et son origine aussi. Tubal-Caïn veut clairement prendre la place de Dieu et créer des hommes à son image. Il veut s’affranchir du règne de Dieu pour être autonome. Chose intéressante, alors que Tubal-Caïn désobéit ouvertement à Dieu, il lui reproche quand même de ne pas plus se révéler à lui. Le film montre de manière clair que c’est le péché de l’homme qui a conduit au déluge. 

Une première impression m’avait fait regretter l’aspect peut-être simpliste de la foi de Noé. Quand j’imagine l’ordre que Dieu lui donne de construire l’arche, j’imagine tout ce par quoi Noé a pu passer. Quand Dieu nous demande d’obéir à quelque chose qui nous dépasse, il nous faut parfois lutter. Bien sûr, le texte ne nous dit rien des sentiments de Noé, mais cela aurait été une bonne opportunité de montrer l’humanité de Noé et la réalité de la foi.

Mais en y réfléchissant mieux, je trouve que le film, par son montage, montre la mauvaise théologie de Noé. Noé ne comprend pas la grâce de Dieu et maintient que tout le monde doit mourir, lui et sa famille. Mais la fin du film montre que tout repart et que le mandat donné à Adam et Ève est maintenant donné à Noé et sa famille. 

Le jugement et la grâce

Si vous avez vu le film, ne passez pas votre temps à relever les erreurs – il y en a beaucoup ! Parlez-en à vos amis et ouvrez la Bible avec eux. Racontez-leur la vraie histoire de Noé. Expliquez-leur ce qu’elle signifie pour nous aujourd’hui. Parlez-leur du péché et du jugement. Parlez-leur de la Croix et de la grâce. Partagez l’Évangile !

Et vous, vous en avez pensé quoi ?

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Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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