La beauté de Dieu

Je lis en ce moment Eyes wide open, un livre sur la beauté que m'avait conseillé Stéphane. Je prends vraiment beaucoup de plaisir à le lire, on est finalement assez peu enseigné sur ce sujet. Ce livre développe une théologie de la beauté et m'invite à reconsidérer tout ce qui m'entoure et tout ce que Dieu me donne de profiter.

J'ai prévu d'en faire une recension une fois terminé, mais en attendant, je ne me retiens pas de vous en partager un extrait.

Dans le premier chapitre, The beauty beyond, DeWitt explique pourquoi nous aspirons tous à la beauté, pourquoi nous y sommes autant sensibles. Toute beauté pointe vers la beauté de Dieu, qui en est la source et la mesure. Mais quand on parle de beauté en parlant de Dieu, on a du mal à se figurer ce dont on parle, pour au moins trois raisons :

  1. Même si Dieu a choisi d’exprimer sa beauté de manière visible, physique, cette expression n’est pas la beauté de Dieu en elle-même. Nous ne devons pas confondre l’expression visible de sa beauté avec son caractère essentiel. La Création par exemple est une expression de sa beauté mais n’en constitue pas l’essence. Nous sommes habitués à parler de beauté en terme de sensations, mais la beauté de Dieu dépasse nos sens.
  2. Deuxième problème, la beauté est souvent vue comme une préférence personnelle, une question de goût. Souvent, c’est celui qui regarde qui dit ce qui est beau, de manière subjective. La beauté varie alors selon la culture et les préférences de chacun. Mais la beauté de Dieu dépasse les cultures, les préférences et la subjectivité. Elle est divine, éternelle et infinie. Il est beau. Il l’a toujours été et le sera toujours.
  3. Troisième difficulté, la beauté de Dieu dépasse notre entendement. Elle dépasse notre capacité à comprendre. En un mot, elle est ineffable. Dieu transcende toute définition esthétique. On ne peut pas voir sa beauté (son essence), on ne peut l’évaluer et on ne peut la comprendre.

L’auteur le dit bien : « Notre finitude limite notre compréhension, mais ce que nous pouvons voir et comprendre nous pousse à nous émerveiller – ce qui précède l’adoration. » Plus loin dans le livre, on retrouve ce schéma : Beauté > Émerveillement > Adoration.

DeWitt se demande alors si la beauté de Dieu est un attribut ou simplement une description de Dieu :

Les choses créées peuvent être belles esthétiquement (Dieu l’a dit quand il les a déclarées « Très bonnes »). La beauté de Dieu en revanche, est plus qu’une description, elle est inhérente à son Être éternel. La beauté de son caractère signifie que sa beauté transcende nos faibles tentatives d’y apposer une étiquette esthétique. Comme Jonathan Edwards a écrit:
Comme Dieu est infiniment l’Être le plus grand, il est donc autorisés à être le plus beau et le plus excellent : et toute la beauté que l’on trouve de par la création entière n’est que le reflet de rayons diffus de cet Être qui a une infinie plénitude d’éclat et de gloire ; Dieu…est le fondement et la fontaine de tout être et de toute beauté.¹
C’est ce que les cieux crient. C’est ce que déclare toute beauté bonne et désirable dans l’univers. Dieu est lui-même beau et la somme de tout ce qui est désirable. Plus une chose est belle et admirable, plus le blasphème est grand de ne pas désirer prendre plaisir en elle. Dieu est l’objet de notre envie de beauté. Comme beauté au-dessus et derrière toute beauté créée, Il est la mesure de ce qui est vraiment beau. Un mètre en est une bonne illustration. Un mètre mesure un mètre et fait lui-même un mètre. La beauté de Dieu est comme ça. Il est beauté et Il est la mesure de toute beauté.
Mais Dieu est beaucoup plus que juste la mesure de la beauté. Il est la source et le standard de toute beauté. Dans un sens, Il est comme le soleil. Quand vous choisissez une couleur pour votre maison, on vous conseille souvent de regarder l’échantillon de couleur au soleil. Pourquoi ? Si vous voulez voir la vraie couleur, vous devez placer l’échantillon à la lumière du soleil. Le soleil est la source de la lumière, et ses rayons révèlent la vraie beauté dans tout le reste. La beauté de Dieu est comme ça. Il est ce qu’Il mesure. Sa beauté est essence et source, attribut et adjectif. Toute beauté que nous expérimentons découle et reflète ce qu’Il est.²

Ce livre me donne envie d’adorer Dieu pour sa beauté et de le louer pour ce qui est beau autour de nous.

Et toi, c’était quand la dernière fois où tu as loué Dieu pour sa beauté ?

Splendeur et majesté rayonnent de son être,
et puissance et beauté ornent son sanctuaire.

– Psaume 96.6

¹ Jonathan Edwards, The Nature of True Virtue, pp. 252-53
² Steve DeWitt, Eyes wide open, pp. 17-18

Pour aller plus loin :

Cet article a été publié la première fois le 25 Juillet 2014. Je l’ai reposté sur le blog le 27 Août 2018.

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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6 thoughts on “La beauté de Dieu

  1. Merci pour cette citation Matt! Je me réjouis de lire ta recension.

    Ton point 2 m’a fait penser à quelque chose. La beauté terrestre est effectivement subjective. Dans son magnifique Let the Nations Be Glad (que tu dois encore lire, si je ne me trompe…) Piper propose au moins quatre raisons pourquoi diversité culturelle avance le projet de Dieu d’être glorifié dans sa création. Sa deuxième raison est la suivante (traduction libre du premier paragraphe, suivie de la citation complète en anglais):

    La renommée, grandeur et valeur d’un objet de beauté est proportionnel à la diversité de ceux qui reconnaissent sa beauté. Si une œuvre d’art est considéré grande par un petit groupe de gens d’une culture homogène, mais que personne d’autre reconnait cette œuvre, cet art n’est probablement pas réellement d’une grande valeur. Ses qualités sont telles qu’elle n’émeut pas les profonds principes universels de nos cœurs, mais provoque seulement quelques frémissements régionaux. Mais si le nombre des admirateurs d’une œuvre d’art ne cesse de grandir et franchit de plus en plus de barrières culturelles et traverse les âges, alors sa grandeur est irrésistiblement manifesté. p.222 de la 3e édition. p.199 2e édition

    2. Second, the fame and greatness and worth of an object of beauty increases in proportion to the diversity of those who recognize its beauty. If a work of art is regarded as great among a small and like-minded group of people but not by anyone else, the art is probably not truly great. Its qualities are such that it does not appeal to the deep universals in our hearts but only to provincial biases. But if a work of art continues to win more and more admirers not only across cultures but also across decades and centuries, then its greatness is irresistibly manifested.
    Thus, when Paul says, “Praise the Lord all you nations, and let all the peoples extol him” (Rom. 15:11, author’s translation), he is saying that there is something about God that is so universally praiseworthy and so profoundly beautiful and so comprehensively worthy and so deeply satisfying that God will find passionate admirers in every diverse people group in the world. His true greatness will be manifest in the breadth of the diversity of those who perceive and cherish his beauty. His excellence will be shown to be higher and deeper than the parochial preferences that make us happy most of the time. His appeal will be to the deepest, highest, largest capacities of the human soul. Thus, the diversity of the source of admiration will testify to his incomparable glory.

    Je te conseille tous les 4 points bien sûr. Inutile de dire je suis un grand fan de ce livre!

    1. Merci Stéphane pour ces citations, oui je dois encore lire le Piper… Je m’étonne qu’aucun des auteurs ne parle de sublime, cette notion est aussi vieille que celle du beau dans l’histoire de l’esthétique. En fait, presque depuis le début, tandis que le beau relève traditionnellement d’une esthétique de la mesure, le sublime relève d’une esthétique de la démesure. C’est très schématique mais en gros, le beau était défini par la mesure et la symétrie, le sublime par la grandeur et la transcendence. Comme toute notion, le sublime a évolué au cours des siècles, mais il est intéressant de remarquer la définition qu’en donne Longin, dans son traité du sublime, le premier essai à développer cette notion :

      « Quand donc un homme de bon sens & habile en ces matières entendra réciter un ouvrage, si après l’avoir ouï plusieurs fois, il ne sent point qu’il lui élève l’âme, & lui laisse dans l’esprit une idée qui soit même au dessus de ses paroles : mais si au contraire, en le regardant avec attention, il trouve qu’il tombe & ne se soutienne pas, il n’y a point là de grand : puisque enfin ce n’est qu’un son de paroles qui frappe simplement l’oreille, & dont il ne demeure rien dans l’esprit. La marque infaillible du sublime, c’est quand nous sentons qu’un discours nous laisse beaucoup à penser, fait d’abord un effet sur nous auquel il est bien difficile, pour ne pas dire impossible de résister, & qu’ensuite le souvenir nous en dure, & ne s’efface qu’avec peine. En un mot s figurez-vous qu’une chose est véritablement sublime, quand vous voyez qu’elle plaît universellement & dans toutes ses parties. Car lorsqu’en un grand nombre de personnes différentes de profession & d’âge, & qui n’ont aucun rapport ni d’humeurs ni d’inclinations, tout le monde vient à être frappé également de quelque endroit d’un discours ; ce jugement & cette approbation uniforme de tant d’esprits si discordants d’ailleurs, est une preuve certaine & indubitable qu’il y a là du merveilleux & du grand. » (Longin, traité du sublime, ch. V)

      En fait on remarque plusieurs critères qui définissent le sublime pour Longin :
      – L’effet doit être irrésistible (il parle de ravissement)
      – L’effet doit être ineffable (au-dessus de ses paroles)
      – L’effet doit durer dans le temps (le souvenir nous en dure)

      Il résume ainsi – on retrouve ce que dit Piper :
      « En un mot s figurez-vous qu’une chose est véritablement sublime, quand vous voyez qu’elle plaît universellement & dans toutes ses parties. »
      Si l’effet dépasse les âges et les cultures, il y a là du sublime.

      Je ne connais encore aucun ouvrage (il doit y en avoir) qui traite du sublime d’un point de vue biblique. C’est intéressant de voir comment cette notion recoupe tout ce qu’on dit concernant la beauté de Dieu. Je m’arrête là, je pourrais continuer des heures…

  2. […] mon dernier article, je parlais déjà de beauté de Dieu. Cette semaine, je suis tombé sur un article de John Piper […]

  3. […] mon dernier article, je parlais déjà de beauté de Dieu. Cette semaine, je suis tombé sur un article de John Piper […]

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