Le prophète Nathan et le pot de confiture

J’ai déjà partagé des témoignages sur le blog. J’avais raconté ce qui nous était arrivé un soir d’Halloween ou nos mésaventures au bord des routes néo-zélandaises et comment Dieu m’avait montré sa souveraineté d’une manière toute particulière ces fois-là.

Mais Dieu me montre des choses au quotidien, parfois d’une manière étonnante.

Un classique

La panne de gaz est à la cuisine ce que la panne d’essence est à la voiture. Jamais la bienvenue, toujours source de frustrations. Évidemment, le gaz coupe pendant que la soupe mijote, pile le jour où mon épouse avait choisi de cuisiner en avance… Mais bon, c’est mieux que la dernière fois, quand le gaz avait choisi de nous lâcher pile le soir où on avait des invités. Bref, ma femme m’envoie en mission chercher une nouvelle bouteille. Mon idée: prendre une deuxième bouteille pour éviter ce genre de déconvenue. J’aurais dû y penser avant. Je pars avec l’idée d’aller le plus vite possible, parce que j’étais en train de travailler sur quelque chose.

Le drame

Une seule caisse ouverte. Normal. Une queue improbable en plein après-midi, en pleine semaine. Normal. Mais bon, comme je prie régulièrement pour ma patience, je ne suis pas trop étonné quand Dieu me place dans des situations qui me permettent de l’exercer. Enfin, j’aimerais bien me dire ça sur le moment… Je suis dans la file et le grand monsieur à la caisse est en train de remplir son cabas. Nous sommes à la campagne, un mardi, dans un petit supermarché de proximité, tout est calme. Mais soudain, l’homme qui rangeait ses courses fait tomber un pot de confiture, de fraise ou de framboise, qui vient se rompre au sol avec fracas.
Tout de suite, l’homme s’en prend à la (pauvre) caissière en disant:

Mais c’est pas possible de stresser les gens en allant si vite…

…et d’autres choses incompréhensibles, mais surement pas agréables.
Je n’en revenais pas. Comment cet homme pouvait s’en prendre à la caissière parce que lui venait de faire tomber ce pot de confiture? La mauvaise foi en personne. Pendant que les deux s’affairaient à nettoyer la scène, je me disais intérieurement:

Encore un bel exemple du cœur humain. Ce qui en sort est ce qui s’y trouve.

Limite je pensais avoir un début d’illustration pour une prochaine prédication.

Celui qui dit qui est

Alors que je regarde tout cela avec un ton mi consterné, mi content-de-moi-parce-que-j’avais-mis-à-jour-un-bel-exemple-du-cœur-humain-tortueux, mon téléphone sonne. C’est ma femme, qui me demande un truc du genre:

Puisque tu es là-bas, tu peux me prendre ça et ça?

Mon sang ne fait qu’un tour, je lui réponds un truc du genre:

Quoi? Je fais la queue depuis tout à l’heure et tu m’appelles maintenant, je vais devoir refaire la queue, perdre encore du temps…

…et d’autres choses dont je ne me souviens plus, mais surement pas agréables. En quittant la file pour aller chercher ce qu’elle m’avait demandé, j’étais convaincu de péché. Encore un bel exemple du cœur humain. Ce qui en sort est ce qui s’y trouve. J’avais cru voir en face de moi une belle leçon sur le cœur humain. Mais Dieu me montrait par là une dure leçon sur mon propre cœur. Prompt à voir ce qui ne va pas chez les autres, mais tout aussi coupable. Capable de voir les nœuds dans le cœur des autres, le mien étant tout aussi tortueux.

La leçon

Ayant plongé les regards dans la noirceur de mon cœur, j’appelai ma femme pour lui demander pardon.
Cette leçon m’a rappelé la fois où Dieu envoya le prophète Nathan auprès de David, après son adultère avec Bath-Shéba et l’assassinat de son mari. Après lui avoir raconté une histoire (2 Sa 12.1-4), David se mit en colère contre son personnage principal, un homme cruel (2 Sa 12.5). Mais Nathan répondit à David: « C’est toi qui es cet homme-là » (2 Sa 12.7).
Ce jour-là, dans ce supermarché, c’était moi cet homme. Celui au cœur méchant, jetant la faute sur les autres, c’était moi. Je n’étais pas le spectateur d’une pièce qui se déroulait devant moi, j’étais un des acteurs. L’arroseur arrosé.
Dieu continue de me montrer combien j’ai besoin de lui. Sa grâce continue de me transformer. Et des épisodes comme celui-là me rappellent que je dois faire attention à ne pas tomber! (1 Co 10.12).

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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  • Hannay R.

    Très bonnes observations, Matthieu. Il existe encore un autre lieu que la superette, et d’autres ressources que le gaz et la confiture qui permettent d’expérimenter les aigreurs de nos cœurs malades. C’est l’internet où, à prix de temps et d’efforts syntaxiques, nous allons acheter de la vanité théologique et du people pasteurisé. Nous ni supportons pas la contrariété et les pointages d’erreurs : les meurtres virtuels y sont légion, d’inconnus croisés un instant, comme la pauvre caissière anonyme de ton histoire.

    • Absolument. Là encore, sachons regarder à notre cœur. Car nous avons bien vite la tendance à regarder celui des autres.

      • Hannay R.

        Absolument. Et comme l’eau est un miroir pour le visage,
        le cœur de l’homme l’est pour l’homme
        , ce qu’on y voit n’est pas toujours très beau. Hannay Richard