Le livre de la jungle et le mandat culturel

Il y a quelques semaines, ma femme et moi sommes allés voir « Le livre de la jungle ». J’ai vraiment beaucoup aimé le film, que j’ai trouvé beau, bien écrit et bien réalisé. Cet article n’est pas une critique du film, mais livre quelques observations.

C’est quoi le mandat culturel?

Comme je vais parler du mandat culturel, mieux vaut le définir au préalable.

Le mandat culturel est le commandement [de Dieu] d’exercer la domination sur la terre, de la soumettre et de développer son potentiel latent (Ge 1.26-28; 2.15). Dieu appelle tous les humains, étant faits à son image, à remplir la terre de sa gloire à travers la création de ce qu’on appelle communément la culture.

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Quand on parle de culture, on pense de suite à Picasso ou à Monet. Mais la culture, c’est plus simple que ça : la culture, c’est la transformation de la nature. Du coup, un jardin est déjà un objet culturel, une baguette de pain, du vin etc. Dans la Bible, la première des cultures, c’est l’agri-culture, le travail de la terre (Ge 2.15). Très vite apparaissent les instruments de musique et les métiers de la métallurgie (Ge 4.21-22).

Le mandat culturel, c’est donc rendre gloire à Dieu par la gestion et le développement de ce qu’il nous a confié.

Plusieurs choses sont à noter:

  1. Le mandat culturel est étroitement lié au fait que nous soyons créés à l’image de Dieu. C’est parce que Dieu nous a faits à son image que nous sommes des êtres culturels (Ge 1.26-28).
  2. Le mandat culturel apparait avant la chute, ce qui signifie que l’activité culturelle n’est pas le fruit du péché, et n’est pas intrinsèquement mauvaise. Au contraire, comme nous l’avons vu, l’activité culturelle est commandée par Dieu lui-même.

Quel rapport avec le livre de la jungle?

Une chose m’a marqué dans le film, c’est la place de l’activité culturelle. Quatre scènes particulières sont comme des jalons tout au long du film.

  1. Au début, une scène pose le cadre : à cause de la sècheresse, tous les animaux de la jungle sont rassemblés autour d’un rocher, qui symbolise la paix. Puisque l’eau manque, tous peuvent venir boire ici, sans se soucier de leurs prédateurs. Alors que tous les animaux boivent, Mowgli lance une espèce de demi-calebasse, accrochée à un fil, pour récupérer de l’eau. Akela (le chef de la meute de loups qui l’a élevé), le reprend : ce genre « d’astuces » est interdit par la loi de la jungle. Au fond, ce qui distingue Mowgli des animaux, c’est cette capacité à inventer des choses, à créer de la culture. Les animaux parlent, entre eux et avec Mowgli, mais aucun n’est capable d’inventer quoi que ce soit.
  2. Un peu plus tard, Mowgli croise le chemin de Baloo, l’ours nonchalant accro au miel. Parce que Baloo l’a délivré de Kaa qui voulait manger du petit d’homme, Mowgli se voit contraint d’aider l’ours à récolter du miel, trop haut pour qu’il puisse l’atteindre. Après une tentative ratée, Mowgli invente une combinaison qui lui permet d’échapper aux piqûres d’abeilles et une espèce de nacelle qui lui permet de décrocher ce fameux or liquide. Quand Bagheera retrouve Mowgli, celui-ci n’ose pas lui avouer sa série d’inventions. Et pour cause, Bagheera se fâche en voyant tout ce que Mowgli a créé. Mowgli est triste, parce qu’il aime les inventions. Et il est doué pour les concevoir.
  3. La nuit d’après, Mowgli est réveillé par un troupeau d’éléphants (très importants dans le film, ils sont à l’origine de la jungle, les principaux acteurs du mythe fondateur). Un de leurs petits est tombé dans un trou et, malgré leurs trompes, aucun n’est en mesure de le récupérer. Ni une, ni deux, Mowgli fabrique un harnais qui leur permettra de faire remonter l’éléphanteau. Bagheera est témoin de la scène, et reconnait l’utilité des dons de Mowgli.
  4. [Spoiler alert] La dernière scène est peut-être la plus significative : c’est l’affrontement avec Shere Khan, le méchant tigre qui veut tuer Mowgli (on apprend dans le film qu’il a été blessé par le père de Mowgli et que Shere Khan l’a ensuite tué). Je ne vais pas tout dévoiler ici, mais là encore, c’est la créativité et le talent de Mowgli qui le sortent d’affaire. Ce qui sauve Mowgli, c’est une de ses inventions.

Et alors?

Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, sur le rapport à la nature, à la civilisation (notamment avec le rapport au village des hommes), à l’aspect destructeur de la technologie (avec le feu); et ces questions sont intéressantes.

Mais je ne pense pas que ces allusions au mandat culturel soient anecdotiques. Même si les auteurs et réalisateurs du film ne l’appellent pas ainsi, il est évident que cette capacité de Mowgli à créer est une partie très importante de son personnage et de l’histoire. Chaque scène clé a un rapport avec une « invention » de l’enfant.

Je retiens deux choses principales:

  1. Comme je l’ai déjà souligné, ce n’est pas le langage qui distingue Mowgli des animaux mais sa créativité et son savoir-faire. Il peut faire ce que les animaux ne peuvent pas faire. Il n’est pas prisonnier de la nature, ni des circonstances, et il est capable d’améliorer son quotidien et celui des autres par la technologie.
  2. Par extension, cette capacité à créer de la culture fait partie de la définition de ce qu’est un homme. Non seulement Mowgli est doué, mais il ne peut pas s’empêcher de créer des choses, et d’aménager et de développer son environnement. Cela fait partie de qui il est.

Et vous, aviez-vous remarqué cela dans le film? Est-ce que vous considérez la culture comme un trait distinctif et constitutif de l’homme?

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Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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