Prêcher dans une culture séculière

La semaine dernière, lors de mon cours d’apologétique, je suis tombé sur cet article de Tim Keller. Il expose 4 points importants qui sont au cœur de sa prédication pour communiquer l’Évangile aux chrétiens et non-chrétiens. J’ai repris l’article ici.

1. Prêche aux chrétiens et aux non-chrétiens en même temps

L’Évangile est à la racine de la justification et de la sanctification. Donc l’Évangile s’adresse autant aux chrétiens qu’aux autres. Certaines églises mettent en place des cultes différents pour les non-chrétiens. Mais cela pose problème, beaucoup restent dans ces cultes et n’évoluent jamais, et comme souvent ce sont des chrétiens, ils restent bloqués dans une foi élémentaire.

Pour Keller, le problème est plus d’ordre théologique que méthodologique. Impossible de combiner un message cohérent pour chrétiens et non-chrétiens, à moins de comprendre que l’évangile n’est pas seulement le moyen par lequel les gens sont justifiés, mais aussi le moyen par lequel ils sont sanctifiés. L’approche typique est de proposer les bases du christianisme pour être sauvé et ensuite des principes plus poussés pour la vie chrétienne. Si c’était le cas, on ne pourrait pas se concentrer sur l’évangélisation et sur la formation spirituelle en même temps.

Jonathan Edwards, dans Religious Affections, dit que les convictions et le comportement sont inextricablement liés et que tous les échecs des chrétiens sont liés à l’incrédulité. L’antidote à l’incrédulité est l’annonce rafraîchie de l’Évangile. En conséquent, la prédication n’est pas seulement pour l’évangélisation ou seulement pour l’édification, parce ce que les deux ont le même problème sous-jacent.

Si le sermon est christocentrique dans son exposition et dans son application, et s’il est orienté pour démonter le système de pensée du cœur humain en utilisant l’Évangile, alors il illuminera les non-chrétiens, même s’il était d’abord destiné aux chrétiens.

Pour les chrétiens qui vivent dans une société séculière, entendre des sermons qui traitent des problèmes des non-croyants les aide à répondre à leurs propres doutes et sert d’entrainement pour le témoignage. De même, quand le prédicateur parle aux croyants, les non-chrétiens présents voient comment la chrétienté marche dans la vie réelle. Keller donne l’exemple du matérialisme. Si le prédicateur traite de ce sujet et applique l’Évangile au matérialisme pour les chrétiens, ça pourra aussi intéresser et profiter aux non-chrétiens. Nombre d’auditeurs prendront des décisions sur des sujets pragmatiques. Au lieu d’examiner la foi d’une manière intellectuelle et détachée, ils prendront des décisions de foi en suivant un long processus de mini-décisions, en « essayant » et en voyant comment cela répond à des vrais problèmes.

Keller donne quelques principes pour prêcher aux laïcs :

  • Résoudre tous les problèmes avec l’Évangile. Ainsi, les non-croyants entendent l’évangile toutes les semaines et les problèmes des chrétiens sont résolus par la beauté de l’évangile.
  • Attention aux hypothèses. Ne jamais présupposer que tout le monde a les mêmes prémisses. Si on veut arriver à un point D, repasser par A, B, C. Rappeler sans cesse l’autorité de l’écriture et les raisons pour lesquelles on croit.
  • Travailler l’apologétique. Essayer de consacrer un point sur trois – ou quatre – du sermon pour les non-chrétiens. S’attaquer aux questions récurrentes et aux objections qui reviennent souvent.
  • Donner des applications pour les deux parties. Par exemple, « si vous êtes chrétien, vous pourriez penser cela, mais le texte répond à cette peut. » Ou « si vous n’êtes pas chrétien… »
  • Soyez authentiques. Attention aux fausses attitudes.
  • Attention au langage dégradant. Les auditeurs laïcs seront choqués par un langage sexiste, des remarques cyniques envers d’autres religions ou par du patois de Canaan.
  • Toujours traiter avec respect les doutes des gens à propos de la chrétienté.
  • Voir au-delà de la communauté chrétienne. Montrer que la grâce de Dieu agit pour les pauvres, les marginaux et les étrangers.
  • Il est important de connaitre les références culturelles des gens à qui on s’adressent, pour répondre à leurs questions, à partir de la Bible.
  • Élargir le spectre. Keller explique qu’il lit souvent plusieurs points de vue sur un sujet.

 

2. Prêche la grâce, pas le moralisme

Sous chacun de nos péchés liés au comportement réside un refus fondamental de se reposer dans le salut du Christ. Keller reprend Luther : si nous obéissons à la loi de Dieu sans la conviction que nous sommes déjà acceptés et aimés en Christ, alors dans toutes nos œuvres, nous serons vraiment en train de regarder à quelque chose de plus que Jésus comme source de notre sens et de notre bonheur.

Si nous ne cherchons pas l’approbation de Christ seul, nous sommes dans l’idolâtrie. Le premier commandement est fondamental. Si nous désobéissons à un ou plusieurs commandements entre le deuxième et le dixième, nous sommes quelque par en train de désobéir au premier. Nous péchons parce que nous recherchons ailleurs ce que Christ seul peut nous donner. Sous chaque péché réside le péché plus général de rejeter le salut de Christ et de tenter de nous sauver nous-même.

Thomas Chalmers a écrit :

Le meilleur moyen de chasser une affection impure est d’en admettre une pure… C’est seulement quand, comme dans l’Évangile, l’acceptation est accordée comme un cadeau, sans argent et sans prix, que la sécurité que l’homme ressent en Dieu est placé hors de portée des perturbations. Il peut alors se reposer en Lui comme se repose un ami dans un autre… Le seul moyen de déposséder le cœur d’une vieille affection est par le puissance d’expulsion d’une nouvelle.

Avant de comprendre cela, Keller prêchait ainsi :

  1. Voici ce que dit le texte
  2. Voici comment nous devons vivre à la lumière de ce texte
  3. Maintenant allez et vivez ainsi, et Dieu vous aidera.

Il finit par réaliser qu’il faisait exactement ce que Chalmers a dit qui ne marcherait pas. Il s’appuyait sur la peur et l’orgueil pour pousser à l’obéissance à Dieu. Inconsciemment, Keller utilisait la prédication pour piéger le cœur, au lieu de le réorienter.

Ses sermons devraient plutôt suivre le plan suivant :

  1. Voilà ce que dit le texte
  2. Voici comment nous devons vivre à la lumière de ce texte
  3. Mais nous ne pouvons simplement pas
  4. Ah – mais voici Celui qui l’a fait
  5. Maintenant, par la foi en lui, vous pouvez commencer à vivre ainsi.

Dans ces sermons, Keller décrit en quoi les obligations pratiques et morales sont impossibles à remplir. Les auditeurs sont conduits dans ce qui semble être une voie sans issue, mais une porte cachée s’ouvre et laisse entrer la lumière.

3. Prêche Christ à partir de chaque texte

Tremper Longman, un professeur d’Ancien Testament, compare lire de la Bible et regarder un film avec une conclusion choquante – un twist. La fin oblige le spectateur à retourner en arrière et à tout réinterpréter. La seconde fois, on ne peut s’empêcher d’interpréter chaque déclaration et chaque rencontre à la lumière de la fin. On ne peut ne pas penser à la fin quand on regarde le début ou le milieu du film. La fin éclaire tout ce qui vient avant.

De la même manière, quand on sait que tout converge en Christ, impossible de ne pas voir que chaque texte est à propos de Jésus. Il y a deux manières de lire la Bible, c’est soit à propos de moi ou soit à propos de Jésus. Il s’agit de ce que je dois faire ou de ce que Dieu a fait.

4. Vise le cœur (pas les émotions ni même l’esprit)

Il a été dit que le cœur n’est pas tant le centre de nos émotions que le centre de contrôle de notre personnalité, là où on prenons nos décisions et décidons de la direction de notre vie.

Edwards, au lieu d’accepter la division entre volonté et émotion a donné une place centrale au cœur en parlant des affections. Les affections sont l’inclination de âme, d’aimer, de ne pas aimer ou de rejeter. Les affections sont liées aux émotions mais ne sont pas la même chose.

Par exemple, si une personne dit « Je sais que Dieu prend soin de moi mais je suis encore paralysé par la peur » Edwards répondrait qu’elle ne sait pas vraiment que Dieu prend soin d’elle, parce que l’affection de la confiance et de l’espérance grandirait en elle. Si Edwards a raison, il n’y pas d’opposition entre la « tête » et le « cœur ».

Edwards définit un chrétien de nom comme étant celui qui trouve Christ utile alors que le vrai chrétien est celui qui trouve Christ beau pour qui il est. Il dit que la raison pour laquelle les gens ne font pas attention à la punition future est parce qu’elle ne leur parait pas réelle. Pour lui, c’est le principal problème spirituel et le principal but de la prédication. Le but de la prédication n’est pas seulement de rendre la vérité claire, mais de rendre la vérité réelle.

Pour conclure, un de ses derniers conseils concerne le prédicateur. Nous devons nous prêcher l’Évangile à nous-même. Nous devons retourner à l’Évangile et le rendre vrai pour nos propres cœurs.

Si vous avez prêché, ou entendu des sermons depuis assez longtemps, vous savez que vous ne pouvez pas viser le cœur de l’auditeur sans avoir laissé l’Évangile travailler à nouveau dans votre propre cœur à chaque fois que vous prêchez.

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Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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6 thoughts on “Prêcher dans une culture séculière

  1. pepscafe dit :

    Bonjour !

    Fort pertinent ! Bravo et merci !

    Fraternellement,

    « Pep’s »

    1. Merci pour l’encouragement Pep’s !

  2. […] KELLER : Prêcher dans une culture séculière […]

  3. […] KELLER : Prêcher dans une culture séculière […]

  4. Jb Agbemebia dit :

    « La raison pour laquelle les gens ne font pas attention à la punition future est parce qu’elle ne leur parait pas réelle. » +1

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