Préparer ses prédications en 8h ou moins?

Quand l’un de mes podcasts préférés a parlé de ce livre, je me suis empressé de le lire. L’auteur avance une thèse osée: il est possible d’écrire des sermons fidèles plus rapidement, en 8h ou moins.

Je me suis méfié du titre (8 heures ou moins: écrire des sermons fidèles plus rapidement) et je m’attendais à être déçu. Mais j’ai été surpris.

Pour Ryan Huguley, une préparation de 20 ou 30 heures n’est pas forcément synonyme de meilleurs sermons. Il part du postulat que nous pouvons écrire des sermons qui restent bibliques et solides, mais peut-être en moins de temps que nous pensons.

Il livre trois clés qui l’aident à écrire des sermons bibliques plus rapidement:

  1. Diviser son travail: écrire un peu chaque jour de la semaine. Son idée n’est pas de concentrer le travail sur un ou deux jours, mais plutôt d’étaler le travail sur toute la semaine.
  2. Placer des bornes en ayant des objectifs précis pour chaque jour. Cela permet de savoir exactement ce que nous avons à faire pour chaque jour.
  3. Avoir des échéances en se mettant des deadlines qui aident à avancer. Le fait de se fixer des limites aide 1) à ne pas passer trop de temps en général sur un aspect et 2) ne pas négliger certaines parties de la préparation par manque de temps.

En lisant ce titre accrocheur, on pourrait être tenté (cela a été mon cas) de penser que l’auteur promet une recette miracle en compromettant la qualité et en tordant le but de la prédication. Mais Ryan Huguley précise qu’un sermon biblique n’est pas:

  1. Un simple commentaire de texte
  2. Un exposé inspirant à la TED
  3. Un discours de développement personnel

Au contraire, un sermon biblique est:

  1. Saturé des Écritures
  2. Centré sur Christ
  3. Contextualisé culturellement
  4. Dirigé vers la personne entière: à la tête, au cœur et aux mains
  5. Proclamé courageusement

Après avoir posé les bases de sa vision de la prédication, Ryan Huguley développe son cadre de préparation. Pour chaque jour de la semaine, il définit un objectif précis, qui détermine ce qu’il doit faire et en combien de temps.

Lundi: construire le cadre

Objectif: écrire un cadre clair et concis pour le sermon en deux heures

Huguley propose six étapes:

  1. Prier avec ferveur: nous sommes appelés à une tâche que nous ne pouvons pas accomplir seuls. La prière est essentielle à notre préparation parce qu’elle reconnait notre dépendance à Dieu et intercède pour qu’il nous aide. Seul Dieu peut attirer les âmes à lui:
    • Pour comprendre le passage
    • Pour trouver le centre du texte
    • Pour préparer notre cœur
  2. Écrire le texte à la main
  3. Chercher à comprendre le texte
  4. Écrire ses observations et ses questions
  5. Lire des commentaires
  6. Construire le cadre du sermon
    • Trouver l’idée centrale
    • Trouver les sous-points du texte
    • Rester simple et clair
    • Finir de rédiger le plan

Mardi: ouvrir la porte

Objectif: finir le cadre du sermon avec une équipe en une heure

On peut demander de l’aide à d’autres, pas pour déléguer, mais pour nous aider à préparer de meilleurs sermons avec moins de stress.

Le but des rencontres de préparation:

  • Pour s’assurer que nous disons ce que le texte dit
  • Pour s’assurer que nos pensées sont cohérentes
  • Pour s’assurer que nous savons à qui nous nous adressons
  • Pour aller plus vite: de nouvelles idées vont venir d’autres personnes
  • Pour écrire de meilleurs sermons
  • Pour aider d’autres à préparer

Comment structurer ces rencontres:

  • Rassembler les bonnes personnes
    • en qui nous avons confiance
    • qui connaissent bien l’Église
    • qui peuvent se rassembler semaine après semaine
  • Être suffisamment prêt: il faut que le sermon soit assez avancé pour travailler dessus
  • Passez en revue le cadre préparé
  • Accueillez les critiques constructives

Huguley avance trois raisons pour lesquelles nous ne demandons pas d’aide:

  • L’orgueil: parce que nous voulons que ce soit notre travail, reçu directement de Dieu
  • L’opportunité: parce que nous n’avons personne pour nous aider
  • L’ignorance: parce que nous n’y avons pas pensé avant

Mercredi: trouver l’intro

Objectif: écrire en une heure une introduction qui va attirer l’attention de gens

L’introduction permet de fixer l’attention de nos auditeurs. Il présente cinq manières d’avoir une bonne introduction:

  1. La tension: une manière de mettre en tension est de dévoiler le problème que la prédication va résoudre. La tension se crée par l’espace qui se trouve entre ce qui devrait être et ce qui est. On peut l’introduire avec « Le problème est que… » On peut se servir de la conclusion pour montrer comment le texte résout la tension soulevée dans l’introduction.
  2. L’humour: à la fois dangereux et puissant, l’humour est à manier avec précaution. Si on n’est pas naturellement drôle, pas la peine de se forcer. Aussi, le ton du texte informe les outils à propos.
  3. La controverse: la controverse est un bon moyen d’attirer l’attention des gens, pour peu qu’on tire la controverse du texte.
  4. Une histoire: les gens se souviennent plus facilement d’une histoire que des phrases bien tournées. Nous devrions collectionner les histoires qui peuvent nous servir, mais aussi étudier ceux qui savent bien raconter les histoires.
  5. La confrontation: nous devons parfois confronter les gens et leur dire des choses difficiles à entendre. Mais Huguley note deux précautions à prendre:
  1. Nous ne devrions pas confronter des gens pour qui nous n’avons pas d’affection: « les gens n’acceptent les mots durs que lorsqu’ils viennent d’un cœur doux. » (74)
  2. Nous ne devrions confronter les gens que lorsque nous avons passé suffisamment de temps à leurs côtés.

Jeudi: faire atterrir l’avion

Objectif: écrire en une heure une conclusion centrée sur Christ

Huguley compare la conclusion du sermon à l’atterrissage d’un avion. Il donne trois exemples d’une mauvaise conclusion:

  • en faisant des tours sans savoir où atterrir
  • en atterrissant sans présenter Christ
  • en manipulant les émotions des gens

Il souligne ensuite les moyens de bien atterrir:

  • en finissant avec clarté: 1) sur ce que Christ a accompli, pour éviter le moralisme, en montrant la grâce de Dieu en Christ; 2) sur ce que les gens sont appelés à faire; la conclusion est l’endroit crucial pour rappeler l’application
  • en finissant avec douceur: même après un voyage agréable, les gens se souviendront plus de l’atterrissage difficile
  • en finissant au bon moment: nous ne devons pas faire des sermons trop longs

Vendredi: remplir le cadre

Objectif: compléter les notes de la prédication en deux heures ou moins

Les meilleurs sermons:

  1. expliquent le texte
  2. illustrent le texte
  3. appliquent le texte

1) Expliquer le texte avec soin

  • en expliquant les mots difficiles du texte, pour éviter que les gens plaquent leur compréhension sur le texte
  • en expliquant le contexte général (histoire) et immédiat (texte)
  • en expliquant l’importance de tel ou tel aspect du texte (mot clé, promesse, commandement, etc.)
  • en expliquant les détails qui rendent l’histoire encore plus palpable (surtout dans les sections narratives)

2) Illustrer le texte avec créativité

  • en évitant de se placer en exemple (ou héros) de l’illustration
  • en étant certain de ce qu’on veut dire: une illustration éclaircit ou embrouille, il n’y a pas de milieu
  • en faisant attention aux références
    • pour ne pas perdre ou choquer les gens
    • pour ne pas faire apparaitre comme trivial une doctrine importante (ex: l’expiation, la souveraineté ou la grâce)
  • en faisant attention de diversifier nos sources d’inspiration
  • en demandant de l’aide aux autres

3) Appliquer le texte avec prière

  • en développant le « quoi », en étant clair sur la réponse/l’action: quelle attitude abandonner? doit-on se repentir?
  • en développant le « pourquoi » pour éviter de détacher l’obéissance de l’attitude et transformer une obéissance joyeuse en légalisme
  • en développant le « comment » en donnant aux auditeurs les moyens pour arriver à mettre en pratique ce que le texte demande

Dimanche: bien finir

Objectif: préparer notre cœur et notre esprit, prier pour la prédication et préparer les notes en une heure

Dernière ligne droite! Il est temps de:

  • Préparer notre cœur et notre esprit
  • Prier
    • que Dieu garde notre bouche
    • que Dieu imprègne notre cœur de ce que nous avons à partager
    • que Dieu protège le ton avec lequel nous nous exprimons
    • que Dieu prépare les cœurs de ceux qui entendront le message
    • que Dieu nous donne son onction pour prêcher avec puissance
  • Préparer ses notes en les annotant pour mieux les intégrer

Ce que j’ai pensé du livre

Une des grandes forces de ce livre, c’est qu’il est extrêmement pratique. Le but de l’auteur n’est pas de développer une longue théologie de la prédication, mais bien de présenter une méthode, en étant précis sur sa manière de faire. Pari réussi.

J’ai aimé l’idée de s’imposer des limites et des échéances. Je le sais: je mets le temps que je prends. Autrement dit, si je ne m’impose pas certaines limites, le temps que je passe à certaines tâches peut devenir beaucoup trop long (comme passer du temps sur l’exégèse dans mon cas). S’imposer des échéances permet également de consacrer du temps à ce qui passe souvent à la trappe (comme la réflexion sur les applications et les illustrations dans mon cas).

Aussi j’ai aimé l’idée de travailler les prédications en équipe. Je connais des frères qui ont cette habitude et c’est quelque chose qui commence à peine dans l’Église où je sers. Les anciens lisent le texte qui sera prêché en notant un plan, une idée centrale et des thèmes qu’ils trouvent important. Nous discutons ensemble de ce que nous avons trouvé.

Enfin, le livre m’a rappelé l’importance de la prière dans la préparation de la prédication. Je connais cette importance, mais ma pratique n’est pas encore à la hauteur de l’enjeu.

Bien sûr, le livre présente aussi quelques faiblesses. Par exemple, il me parait assez compliqué de faire tout ce que Huguley prévoit le lundi en deux heures (exégèse et plan). Aussi, cette méthode semble assez rigide. Mais c’est ce qui en fait la force: l’auteur montre qu’il est possible de travailler sa préparation de manière plus intentionnelle. Évidemment, chacun doit trouver ce qui fonctionne pour lui. La prédication est un art, pas une recette.

Mais, à la fin de la lecture, ce livre m’a encouragé en me donnant quelques pistes concrètes.

Et vous, quelle est LA chose ou LE livre qui a changé votre manière de préparer vos prédications?

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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