Un chrétien peut-il écouter n’importe quelle musique?

Les amis du blog LeBonCombat.fr m'ont posé une question qui revient très souvent: Un chrétien peut-il écouter n’importe quelle musique? Doit-il se limiter à écouter de la “musique chrétienne”? Voilà ce que j'ai répondu.

Comprendre la culture

Pour commencer, il faut définir musique chrétienne et non-chrétienne. Dans son livre Center Church (p. 109), Tim Keller  rappelle que « Chaque culture humaine est un mix extrêmement complexe de vérité brillante, de demi-vérités entachées et de vive résistance à la vérité. Chaque culture comprendra un certain discours idolâtre. Et pourtant, chaque culture aura en elle quelque trace de la vérité de Dieu. » Il faut prendre en compte la doctrine du péché et la doctrine de la grâce commune pour comprendre cela.

Est-ce que c’est sage?

Ensuite, ce genre de questions voudrait une réponse claire, tranchée, valable pour tout le monde. Je ne pense pas que dans ce genre de domaines, une même règle soit applicable pour tous.
Les chrétiens aiment bien les barrières et les règles établies, c’est plus simple à gérer.
Parfois la question n’est pas de savoir si c’est permis, mais si c’est sage. La liberté chrétienne nous laisse la responsabilité de nous placer devant Dieu et d’agir selon sa Parole, son Esprit et en tenant compte de notre personnalité, de notre passé, de notre sensibilité etc.

Deux extrêmes à éviter

(1) Un hermétisme légaliste qui bannirait toute musique et (2) un manque de discernement laxiste qui dirait oui à tout et n’importe quoi.
Nous devons exercer notre discernement et reconnaitre l’influence que peut avoir la musique: qu’il ne faut (1) ni négliger, (2) ni sous-estimer. Souvent on tombe dans un extrême ou un autre: soit on minimise le péché, soit on minimise la grâce commune.

Je cite Calvin:

Lorsque nous discernons chez les écrivains païens une admirable lumière de vérité, nous sommes exhortés à reconnaître que la nature humaine, bien que déchue de sa perfection et très corrompue, est cependant comblée de nombreux dons de Dieu. Si nous admettons que l’Esprit de Dieu est comme la fontaine unique de vérité, nous ne mépriserons pas la vérité où qu’elle apparaisse, autrement nous ferions injure à l’Esprit de Dieu. Sous-estimer les dons de l’Esprit revient à mépriser et humilier l’Esprit. 

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Calvin, Institution Chrétienne, 2.2.15

Calvin nous met en garde: toute vérité, toute bonté et toute beauté est dérivée de Dieu, qui en est la source et la mesure. Rejeter tout en bloc c’est rejeter la part de beauté et de vérité qui reste dans la culture, par la grâce de Dieu, et qui pointe vers lui.
Je dirais donc que la première chose, c’est reconnaitre l’influence relative (mais réelle) de la musique sur nous.

Répondre de manière individuelle et spécifique

Individuelle: beaucoup aimeraient une réponse qui serait adaptée à tout le monde et beaucoup prennent leur réponse comme la norme pour tous les chrétiens. Mais devant telle ou telle musique, nous ne sommes pas égaux.
Spécifique: dans son rapport à la musique, et surtout au XXème siècle, les chrétiens qui ne voulaient pas se mélanger avec le monde ont souvent adopté une posture de repli et ont rejeté des styles de musique. Je ne pense pas que ce soit la manière la plus sage et la plus biblique. Comme il est sage d’adapter notre réponse à notre personne, il est aussi sage de se poser des questions sur des morceaux ou des œuvres en particulier et non sur des styles. Par exemple, il y a des morceaux de rap que j’éviterais d’écouter, à cause des paroles, alors que je pourrais en recommander d’autres. Les deux sont du même genre musical, mais ce que le morceau véhicule est totalement différent.
Ce que je propose, c’est que chacun puisse se poser les questions suivantes, pour déterminer s’il est sage d’écouter telle ou telle musique.

6 questions pour aider notre discernement

#1. Est-ce que cette musique me pousse à pécher, en actes ou en pensées?

La première question que l’on devrait se poser est peut-être la plus directe. Si écouter une musique me pousse à pécher, alors je ne devrais pas l’écouter.

#2. Est-ce que ma conscience me reprend?

Notre conscience nous alerte parfois sur ce que nous écoutons. L’Esprit de Dieu travaille en nous et nous rend plus sensible à la volonté de Dieu. Si ma conscience me reprend, est-ce que je l’écoute ou est-ce que je l’étouffe?

#3. Est-ce que mon entourage me reprend?

J’ai déjà dit que nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes choses et que chacun doit faire des choix sages en ce qui LE concerne. MAIS, si nos amis, ou notre entourage est d’accord qu’il y a un problème avec ce que nous écoutons (en quantité ou en qualité), il y a peut-être un problème.

#4. Dans quelle mesure ce que j’écoute m’affecte?

On peut, parce qu’on se sur-estime ou qu’on sous-estime l’influence de la musique, penser qu’elle ne nous affecte pas. Mais parfois, il est préférable de regarder les effets plutôt que le contenu. Un même contenu pourra avoir des effets différents sur des personnes différentes.
Quels effets cette musique produit sur moi? Dans quelle mesure elle modifie mon comportement? Est-ce qu’elle me rend trop triste? Violent?

#5. À quels désirs cette musique fait-elle écho?

Si la musique nous touche, c’est parce qu’elle nous parle. Il faut se demander quels points sensibles elle touche. Est-ce que les désirs auxquels elle fait écho en sont de bons? Si la musique vient nous toucher et révèle des choses qui relève du péché, il y a un danger.

#6. Quel est le contenu de la musique que j’écoute?

On aurait tendance à mettre cette question en premier. Mais en faisant cela, beaucoup concluraient que si le contenu est OK, il n’y a pas d’autres questions à se poser.
Il faut évidemment se demander quel est le message véhiculé par ce qu’on écoute, en sachant que la vision du monde véhiculée va venir nous façonner.
On peut se demander: (1) Comment cette musique décrit-elle le monde dans lequel on vit? (2) Quelle est la solution proposée au problème de l’homme? (3) Comment cette musique décrit-elle le péché? Est-ce qu’elle transforme le mal en bien ou décrit-elle le péché comme il est: moche et destructeur? (4) Plus que le contenu, quelle est la vision du monde véhiculée dans ce morceau? Comment fait-elle écho à la vision du monde biblique? Comment reflète-elle la vérité biblique? À quel mensonge du morceau doit-on opposer la vérité de l’Évangile?

Dans son livre Stories We Tell (p. 55) Mike Cosper relate ce que lui disait un autre auteur, Harold Best. Ce dernier lui faisait remarquer qu’en vieillissant, il devenait simultanément plus convaincu de sa liberté dans l’Évangile de se confronter à la culture, et de son propre péché. Le résultat était que, en même temps qu’il croyait dans une grande et profonde liberté en Christ, il exerçait cette liberté dans une mesure beaucoup plus limitée que quand il était jeune.
Ce témoignage m’a touché. Il m’a rappelé que la vraie liberté s’exerce souvent non pas dans ce que nous faisons, mais dans ce que nous choisissons de ne pas faire. Ne pas faire quelque chose, c’est affirmer que nous sommes libres et que nous ne voulons pas nous laisser asservir par quoi que ce soit.

Vous pouvez écouter le podcast:

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Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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