Pourquoi je critique des films

Comme beaucoup de gens, j’aime les films. Depuis peu, j’ai commencé à en recenser quelques-un (Noé, God’s Not Dead et Interstellar). Mais on pourrait se demander: au fond, est-ce bien de critiquer les films? Est-ce utile? Qu’est-ce que ça change?

Est-ce bien de critiquer?

Quand on parle de critiquer, on peut utiliser le terme de deux manière différentes:

  1. Dans un sens large: Exercer son intelligence à démêler le vrai du faux, le bon du mauvais, le juste de l’injuste en vue d’estimer la valeur de l’être ou de la chose qu’on soumet à cet examen.
  2. Dans un sens restreint: Émettre, formuler des jugements défavorables, d’une façon systématique ou occasionnelle.

Dans le premier sens, la critique n’est autre qu’un examen, une analyse d’un sujet ou d’un objet. Il s’agit d’apprécier ce qu’on regarde/écoute/étudie, en positif ou en négatif, en relevant ses défauts et ses qualités. Dans le second sens, la critique n’est que négative. Il s’agit de relever uniquement ce qui ne va pas et le souligner. En fait, ce genre de critique s’apparente à la médisance. Cette attitude est bien sûr à rejeter.

Critiquer c’est discerner

La définition de la critique, dans son sens large, n’est pas sans rappeler celle du discernement:

Faculté qui est donnée à l’esprit ou qu’il a acquise par l’expérience, d’apprécier les choses selon leur nature et à leur juste valeur, d’en juger avec bon sens et clarté.

C’était la demande de Salomon de pouvoir discerner le bien du mal (1 R 3.9). La Bible exhorte le chrétien à rechercher et à cultiver le discernement (Rm 12.2; Ph 1.9; Hé 5.14). C’est leur esprit critique qui poussait les chrétiens de Bérée à fouiller les Écritures (Ac 17.10-11).

En somme, la critique —le discernement— n’est pas seulement permise, elle est obligatoire! Il nous faut distinguer ce qui est bon ou mauvais, ce qui est conforme à la volonté révélée de Dieu ou pas. C’est la critique qui nous permet de savoir et de dire ce que nous pouvons accepter et ce que nous devons rejeter.

Critiquer n’est pas seulement permis, c’est obligatoire!

Pourquoi je critique des films

La critique ne suffit pas. Je crois que la critique de la culture ne peut pas changer la culture. Il faut créer une alternative, créer plus de culture (c’est la thèse d’Andy Crouch dans Culture Making). Mais ce n’est ni mon but ni mon métier. Je ne suis pas cinéaste, ni auteur, et je n’ai pas la prétention de transformer la culture.

Mais la critique est nécessaire. Comme tout produit culturel (spectacle, musique, littérature, arts plastiques…), les films sont soumis à la critique dont le but est de « mettre en jeu des critères variables selon les domaines, d’après lesquels il est possible de discerner les parts respectives des mérites et défauts d’une entreprise, d’une œuvre, d’un système de pensée »

La critique ne suffit pas. Mais elle est nécessaire.

Mais, en tant que chrétien, il nous faut aller plus loin qu’une critique dont les critères sont déterminés par le domaine que la critique concerne. En plus de critiquer la valeur intrinsèque d’un film –en parlant de l’histoire, de l’image, des personnages, du jeu ou encore de la bande son– nous devons nous concentrer sur la vision du monde que véhicule le film.

J’ai choisi de ne pas voir certains films, pour plusieurs raisons. Mais pour ceux que je vois, et que mes amis verront certainement, je veux avoir un esprit critique, prêt à discerner les valeurs et le discours sous-jacent.

Voilà pourquoi je critique des films.

Matthieu Giralt

Disciple de Jésus-Christ, Matthieu est marié à Alexandra. Il est diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux et de l’Institut Biblique de Genève. Pasteur dans une Église à Étupes. Étudiant à la Faculté de Théologie Jean Calvin. Il fait aussi partie de Majestart. Ses sujets favoris? La #culture, l’#art, la #mission, et parler de Jésus!

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5 thoughts on “Pourquoi je critique des films

  1. Peps Cafe dit :

    Bonjour Matthieu !

    Merci pour cette intéressante réflexion sur la culture !

    La volonté ou la tentative « de créer une alternative, créer plus de
    culture » ne manque pas d’intérêt et permettrait de réfléchir sur ce qu’est
    la culture, justement.

    Ensuite, tu parles du fait de « critiquer la valeur intrinsèque d’un
    film –en parlant de l’histoire, de l’image, des personnages, du jeu ou encore
    de la bande son » et donc de se concentrer sur la vision du monde que
    véhicule le film ». Pour ma part, apprendre à critiquer un film, c’est d’abord
    apprendre à le regarder : un film n’est pas un livre et forme un tout. Comprendre les choix esthétiques du réalisateur-image, cadrage, usage du son…-permet de comprendre l’intention de l’auteur. Par exemple, dans le cas de « Sidewalk stories » de Charles Lane(1989-bien avant « the Artist »), le parti pris artistique de faire un film « muet et en noir et blanc » à cette époque, alors que le son et la couleur sont disponibles-procède d’une intention : transmettre un message à celui qui saura l’entendre. En choisissant de « priver de voix » les protagonistes, Charles Lane tente de nous sensibiliser aux « sans »(abris, argent, voix, considération, dignité…)qui ne parviennent pas à se faire entendre, soit ceux que la société n’écoute pas. Mais aussi ne voit pas-ou ne veut pas voir. Regarder
    un film, « le critiquer » ou réfléchir dessus, devrait normalement être
    suivi d’un « acte à poser » ou d’un engagement concret. Si l’on choisit le
    bon film. Voir ma réflexion récente à ce sujet : http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/11/26/trois-films-sinon-rien-pour-apprendre-a-ecouter-a-regarder-et-pour-mieux-sengager/

    Pour finir, je comprends tes choix de voir ou ne pas voir « certains
    films » : « voir les films que tes amis verront certainement ».
    Une bonne idée. Néanmoins, avec le risque de se cantonner dans le même genre de films (toujours ou le plus souvent des « américains », « récents », « en VF », « ceux dont la presse parle le plus », etc…) et de rester dans la facilité ou l’attendu(avec une vision du monde exclusivement américaine-forcément). Alors que tout un pan du cinéma mondial (Asie, Afrique, Amérique du Sud, voire hexagonal ou même francophone), pourtant digne d’intérêt, reste méconnu, ignoré ou dédaigné-souvent pour de mauvaises raisons.

    De là une réflexion sur « le bon film » à voir.
    A l’instar du « bon livre », « le bon film » serait celui qui nous ouvre de nouveaux horizons, au contraire du « mauvais » qui ne nous offre que
    de « l’attendu », donc. Cela implique que nous soyons nous-mêmes
    ouverts et disponibles pour les « bons films » (comme pour les « bons
    livres »). Ensuite, un « bon film » est celui qui donne envie de
    le revoir. Qui offre de nombreuses grilles d’analyses possibles, et de
    multiples renvois à d’autres œuvres(peintures, musiques, livres…autres films), permettant une vision dynamique. Enfin, un « bon film » n’est pas à
    notre service : il doit nous stimuler et nous énerver. Car, rien de
    plus dangereux qu’un film « à 100 % fascinant ou satisfaisant », ou pire, qu’un film « qui nous détende »(seulement), au point de laisser son cerveau et son esprit critique au placard, sous prétexte que l’on cherche simplement du « divertissement ».

    Voici quelques films « critiqués » ou utilisés comme « accroches »
    de réflexions bibliques présents sur Pep’s café !

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/06/03/de-toutes-nos-forces-aimons-notre-dieu/

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2014/08/29/les-combattants-simplement-survivre-ou-vivre-simplement/

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/12/13/a-quoi-revent-les-petits-garcons-et-les-petites-filles-pour-les-nuls-au-cinema/

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/09/04/adherer-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire/

    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/tag/films/page/2/

    Fraternellement, et merci pour cette réflexion sur la culture et la critique de films,

    Pep’s

    1. Jeremie dit :

      Bonjour pep’s, je partage globalement votre avis, sauf celui concernant la dangerosité supposée d’un film qui détente et devant lequel on laisserait son esprit critique au placard. En effet, certains films sont de l’ordre du divertissement pur et certains parmi ces derniers y arrivent : on ressort de la séance apaisé, détendu, satisfait d’avoir passé un bon moment. Tout comme on peut l’être après avoir lu un bon livre, une bonne bd, écouté un bon album. Tout dépend de ce qu’on appelle « bon », car tout n’est pas utile, mais si le but recherché est d’être détendu et de prendre du plaisir devant un film ou toute oeuvre artistique, qui permet en plus de laisser reposer un cerveau bien souvent trop sollicité, cela me paraît peut-être exagéré de qualifier l’ouvre de dangereuse. D’autant qu’il est tout à fait possible d’utiliser son esprit critique après coup

      1. Peps Cafe dit :

        Bonsoir Jérémie,

        heureux de vous lire ! Et merci pour votre lecture attentive, comme de vos remarques.

        Je partage également « globalement » 😉 votre avis, et ajouterai les précisions suivantes :

        comme vous vous en doutez, aucune œuvre n’est « neutre »-qu’elle prétende au « divertissement pur »(quoique je ne crois pas vraiment que ce soit possible, le divertissement pouvant cacher autre chose ou bien faire bien passer un message)ou qu’elle prétende à plus « d’ambition ». Dans le cas de l’œuvre de « divertissement », celle-ci serait réussie, si l’on ressort effectivement de la séance « apaisé, détendu, satisfait d’avoir passé un bon moment »…et je dirai même plus : « édifié ».

        Enfin, pour répondre à votre dernière remarque qu’il serait « tout à fait possible d’utiliser son esprit critique après coup » : ce serait sans doute possible, quoiqu’il me semble qu’ »après l’effort, vient le réconfort ». Et non l’inverse ! 😉
        Bon WE à vous et bien fraternellement,
        Pep’s

        1. Jeremie dit :

          Bonjour Pep’s !

          Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de spiritualiser tout ce que nous faisons. Dans ce sens je ne pars pas du principe qu’un divertissement doive nous édifier pour atteindre son but, mais je conçois aisément que ce n’est en aucun cas universel. Et je comprends tout à fait que c’est quelque chose que vous recherchez.

          Personnellement, je vais au cinéma ou regarde un film à la maison pour passer un moment agréable, que ce soit un film comique, un thriller, un film d’action, d’aventure, de science fiction. J’estime que l’investissement en temps et argent est rentable quand le mélange crédibilité du scénario, du jeu d’acteurs, des effets spéciaux et de la réalisation est convaincant, selon mes gouts. Je ne regarde pas un film en me disant « quel enseignement spirituel pourrais-je en retirer ? », sinon je ne regarderai que des productions chrétiennes, et donc je ne regarderai pratiquement rien. Je n’arreterai pas de regarder un film parce qu’un élément heurte mes convictions chrétiennes non plus, sinon je ne regarderai pas non plus beaucoup d’oeuvres.

          Pour compléter ce dernier point, je dirais que certaines oeuvres cinématographiques m’ont profondément ému, alors meme qu’ils étaient violents, noirs, dont les personnages principaux ne montraient que peu voire pas du tout d’émotion. Dans ces cas l’analyse personnelle peut amener à etre reconnaissant pour son entourage, sa situation personnelle.

          Le fait est que chaque personne est différente par rapport à l’art, et à la façon de l’aborder et de le recevoir.

          Un dernier point en rapport à votre dernière remarque : lorsque nous étions responsables de groupe de jeune avec mon épouse, nous organisions des soirées cinéma avec les jeunes. Dans cette optique nous regardions des films elle et moi et en faisions l’analyse pour estimer s’il était pertinent de les montrer aux jeunes. Nous avons deux façons complètement différentes d’apprécier un film : ma femme s’imerge dans le film mais en ressort complètement indemne à la fin et peut ensuite analyser si elle le souhaite. Si elle ne le fait pas, elle oublie ce qu’elle a regardé quelques jours après. Moi, j’analyse pendant, et j’effectue une conclusion après, en me remémorant étape par étape le déroulement du film. Deux approches fondamentalement différentes qui peuvent pourtant déboucher sur une conclusion semblable, ou pas 🙂
          Tout dépend des personnalités, en fait.

          A bientot !

          1. Peps Cafe dit :

            Bonjour Jérémie,
            merci pour cet échange. Je vois que, tout comme moi, vous semblez être un cinéphile averti et passionné !Quels sont les films que vous appréciez particulièrement ?
            Sinon, pour en revenir à vos remarques et partages, que je crois avoir bien comprises : notamment sur le fait de « spiritualiser » ou non, ou de ce qui édifie, je dirai que l’enjeu de la vie chrétienne(à mon sens)est de ne pas cloisonner ou séparer les choses. Qu’une œuvre(livre, film, musique…)soit « chrétienne » ou non, Dieu est tout de même concerné. John Stott disait que, souvent, « notre Dieu est trop petit, parce que trop religieux ». C’est le point de vue de Rebecca Pippert, exprimé dans « la saveur partagée ». D’où ma conviction exprimée plus haut que rien n’est « neutre » ou « anodin », et que notre vision du monde(comme notre vie spirituelle) est nécessairement nourrie par quelque chose : est-ce réellement la Parole de Dieu ? A moins que ce ne soient les livres lus ou les films vus ? Ou un discours politique, un journal/magazine, etc…?
            Le problème ne me paraît pas ici être le risque de « spiritualiser »(quoique-il y a le risque de « désincarner ») mais de « séparer » nos activités, et de cantonner « le spirituel », « l’édification » dans un domaine particulier. Or, un chrétien(en particulier, de même que l’homme en général) est quelqu’un de global(corps, âme, esprit). C’est la même approche que l’on trouve dans l’Ancien Testament, me semble-t-il, où la sagesse est toujours pratique.
            De fait, sans les mettre sur le même plan que la Bible(c’est là une question d’autorité), je peux apprécier d’autres œuvres(au-delà du genre-que ce soit un livre ou un film)pour leurs qualités esthétiques, et la justesse d’analyse de l’auteur, qui ne serait pas déconnectée d’une portée pratique ou d’un engagement nécessaire. Ex. de « visionnaires », concernant les cinéastes : Fritz Lang(un homme bien de son temps, qui a su voir certains dangers, et qui ne s’est pas contenté de « faire des bons ou beaux films ») ou encore Michaël Powell, Akira Kurosawa….On peut donner des exemples plus récents.
            Sinon, je trouve votre démarche intéressante, comme le fait que vous et votre épouse soyez complémentaires sur ce plan.
            Il est évident que, à l’instar du texte biblique pour une étude, le choix du film dépendra du public et de l’intention. Pour ma part, j’ai déjà eu l’occasion d’utiliser des films comme « CJ 7 » ou « Jiburo », avec des ados(particulièrement de familles monoparentales), pour aborder la question du père ; comme j’ai eu l’occasion d’utiliser « 3h10 pour Yuma »(la version de Delmer Daves) avec un groupe d’hommes, pour aborder la question de « l’homme selon Dieu » et de l’intégrité, l’engagement. Un film comme « De toutes nos forces » me paraît très bien aussi.
            Je terminerai par cette phrase, inspirée de l’essayiste et romancier Ollivier Pourriol (piquée dans le journal « Le 1 », du 10/09/14, consacré à l’éducation) : « il est toujours trop tôt pour critiquer. Il faut d’abord comprendre. Et pour comprendre, il faut d’abord admirer. » S’émerveiller. Et donc apprendre à regarder.
            Fraternellement, et merci pour cet échange plutôt riche(j’espère que d’autres ajouteront leur « pierre »)
            Pep’s

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